01/05/2011

Les Femmes du 6e étage - Philippe Le Guay

Poignante histoire d'amitié et d'amour sur fond de réflexion socio-politique, Les Femmes du 6e étage est une agréable surprise du cinéma français signée Philippe Le Guay.

La grande qualité de ce film, c'est qu'il ne pousse jamais les clichés jusqu'à la caricature. Le réalisateur s'en sert, certes, mais avec une finesse d'esprit louable. Sans prétention, Les Femmes du 6e étage se révèle donc être un long métrage tendre mais pas mièvre, cinématographiquement simple mais touchant.
Fabrice Luchini (Les Invités de mon père), lui aussi, fait dans la délicatesse et le sensible. Il ne tente pas de se mesurer à ces femmes de grands caractères : les bonnes espagnoles de l'immeuble haussmannien qu'il habite avec sa femme (Sandrine Kiberlain en provinciale coincée) et ses deux enfants (aux jeux pitoyables). Le casting se compose de personnages archétypaux, mais loin du grotesque ridicule, notamment grâce aux prestations de Carmen Maura et Lola Dueñas.
Les Femmes du 6e étage témoigne de la dure réalité des femmes espagnoles qui ont dû travailler pour des bourgeois français après avoir fui l'Espagne franquiste (début des années 1960). Désir de liberté, fascination pour la femme, folklore, ouverture et échange sont les lignes directrices de cette charmante histoire.

Un film tout simplement juste, généreux et sincère.

30/04/2011

L'Agence - George Nolfi



George Nolfi, coscénariste d'Ocean's Twelve et de La Vengeance dans la peau, signe son premier film en tant que réalisateur : L'Agence, dans lequel il retrouve Matt Damon. Un long métrage qui jongle entre romance et thriller d'anticipation, mais dont le dénouement déçoit, sans surprise.
 
Des gentils qui luttent pour faire valoir leur pouvoir de décision, des méchants malgré eux, qui font en sorte que chaque être humain ne s'écarte pas de son destin, de bons effets spéciaux maîtrisés et un éternel cliché : l'amour est plus fort que tout, c'est ça L'Agence.
George Nolfi pose une question universelle récurrente : le libre arbitre existe-t-il ou tout est-il déjà écrit ? Mais au lieu d'approfondir le sujet et/ou de se pencher sur le fonctionnement de cette agence qui dirige le monde, il met l'accent sur la volonté des deux protagonistes de ne jamais être séparés, jusqu'à la fin convenue.
Heureusement, Matt Damon (True Grit, Green Zone, Invictus) est une moitié de ce joli couple. Sauver un film, il l'avait déjà fait avec Au-delà, aidé par l'excellent George McLaren. Dans L'Agence, il est accompagné par la ravissante Emily Blunt (Petits Meurtres à l'anglaise) ; et les seconds rôles, ces mystérieux agents à chapeau, sont bien travaillés (costumes, attitudes, répliques). Néanmoins, on le sait : de très bons acteurs ne font pas forcément un très bon film.

Du Fringe faible et naïf.

23/04/2011

Archive @ Grand Rex

Ah, Archive... Une déception au Zénith de Paris le 10 octobre 2009 (son pourri et setlist moyenne), une claque monumentale au Printemps de Bourges de 2010, et... une catastrophe le 5 avril 2011 au Grand Rex, à cause d'un public irrespectueux. Un concert où la délicatesse de l'orchestre n'a eu d'égale que la haine envers des dizaines d'individus méprisables. Et lorsqu'on assiste à ce genre de soirées, difficile de se concentrer sur la musique, et donc de profiter. Pourtant, quand les membres du groupe sortaient devant le Grand Rex alors que les portes n'étaient pas encore ouvertes, le gens étaient calmes et admiratifs. À l'intérieur, ils se sont transformés en sauvages.

Quel est le mal ? En concert, on se déchaîne, non ? On montre au groupe qu'on l'adore ! Certes. Il faut surtout replacer le concert dans son contexte. Archive avait choisi d'être accompagné par un orchestre, Archive avait choisi une petite salle et Archive avait choisi de mettre des sièges dans la fosse. Alors oui, on est en droit de manifester son enthousiasme, mais il y a plusieurs manières de le montrer. S'amasser contre la scène (si haute qu'ils ont dû se faire mal aux cervicales, et tant mieux), c'était irrespectueux ; pour le public assis aux premiers rangs, qui ne voyait plus rien, et pour le groupe, qui ne semblait pas ravi de voir que quelques deux cent personnes (dans les moments les plus denses) se croyaient en boîte de nuit. La faute revient d'abord à l'abruti pitoyable qui avait déjà gâché un moment du mix de Rosko pendant la première partie (que la majorité n'a pas écoutée), à tous les moutons qui l'ont suivi devant la scène, et au vigile inutile qui n'a, comme le précise l'adjectif, rien fait. Cette attitude égoïste et déplacée reflète une incapacité évidente à écouter la musique, à savoir la recevoir.
Et en parlant de musique... Archive, c'est grand. Alors Archive avec un orchestre, on s'attendait à de l'excellence, et c'était loin d'être le cas. Au lieu de travailler à nouveau leurs compositions, ils ont simplement ajouté une donnée. Et ça ne fonctionne pas. Même lorsqu'on réussit à prendre assez de recul, à faire à peu près abstraction et à mettre ses pulsions meurtrières en suspens, la magie n'opère pas. L'orchestre placé derrière fait son travail et le groupe n'entre pas en harmonie avec lui ; les deux entités se répondent sans jamais communier. Le concert avait cependant bien commencé, sur Lights, et les chanteurs et musiciens n'ont rien à se reprocher au niveau technique. Mais il n'y a pas eu mariage, alors le groupe comme l'orchestre se sont mis en retrait, dans la probable et modeste intention de ne pas s'envahir. Ils auraient pu se dépasser eux-mêmes en se nourrissant l'un de l'autre, ils se sont finalement retenus. D'ailleurs, Archive n'a même pas pris le risque d'adapter Fuck U à l'orchestre, une idée pourtant intéressante. Finalement, quand on se dit en plaisantant après Lights : "On a tout vu, on peut partir", on n'a pas forcément tort.

Cet événement aurait néanmoins pu être agréable si l'on n'avait pas assisté à la lutte malsaine d'une partie du public, laquelle semblait jouer à "vous nous faites un show, on vous en fait un aussi". Ridicule. Non, la générosité et la reconnaissance ne s'expriment pas que dans les hurlements, la transpiration et les sauts.

La setlist :
1. Lights
2. You Make Me Feel
3. Headlights
4. The Feeling of Losing Everything 
5. Blood in Numbers
6. To the End 
7. Organ Song
8. Finding it so Hard
9. I Will Fade
10. Collapse/Collide
11. Words on Signs
12. Slowing
13. Fold
14. Black
15. Pictures
16. Bullets

Encore :
17. Dangervisit
18. Again
19. Controlling Crowds

19/04/2011

The Crying Machine @ MJC d'Évry

Dans la musique, il y a les monstres intouchables, la soupe commerciale et les talents cachés. Il n'y a pas que ça, et catégoriser est souvent réducteurs, mais The Crying Machine fait clairement partie de ceux qui connaissent la musique, qui la travaillent, qui la ressentent et qui la font s'exprimer. Et il y en a peu.

The Crying Machine jouait à la MJC d'Évry le 1er avril ; et nul besoin d'un Olympia pour savoir que ce trio a un énorme potentiel. Quand la musique transpire comme ça, même devant un public assis et réservé, ça augure d'un bel avenir. Certes, il y a quelques imperfections dans le jeu, mais l'envie et la qualité étant présentes, impossible de ne pas entrer dans cet univers ayant digéré les influences des années 1970.
Le set oscille entre mélodies planantes et riffs bien sentis allant jusqu'à l'improvisation dans le final. Et même si tout le monde peut être sensible à l'intensité que cette musique délivre, lorsqu'on porte attention à la composition et à la dynamique, on découvre une complexité intéressante, qui donne naissance à ce que l'on pourrait appelé le post-blues.

Un premier EP, "The Riverside", sort bientôt, mais on attend surtout l'album, un format sur lequel le groupe devrait pourvoir s'exprimer en profondeur.

La setlist :
1. Jamming at Sunshine
2. Sorceress
3. God Bless the Pig
4. Lovethings
5. The Riverside
6. Thousand Names of God
7. Rock Me

Myspace

12/04/2011

Miles Kane : la gloire en solo ?

Un an que je n'avais pas mis les pieds dans les studios de l'Album de la Semaine, faute de programmation alléchante. Et la dernière fois, c'était la décevante prestation de Fanfarlo. Une chance que le leader de feu The Rascals et deuxième moitié de Last Shadow Puppets (avec son ami Alex Turner des Arctic Monkeys) y ait été invité le 29 mars 2011.

En digne admirateur des Beatles, Miles Kane allie rock et pop, sans aucun artifice commercial. Et l'inspiration n'est pas que musicale : le look de ce jeune Anglais de 25 ans rappelle celui des rockeurs des années 1960, coupe de cheveux incluse. Néanmoins, Miles possède une véritable identité. Il a simplement digéré ses influences pour créer son propre univers : sain, réfléchi et travaillé.
Les titres s'enchaînent et ne se ressemblent pas, mais répondent à un souci d'homogénéité remarquable. La médiocrité se répandant de plus en plus de nos jours, on est heureux d'entendre une voix maîtrisée mêlée à un jeu de guitare assuré ; malgré un mauvais réglage de la basse de son partenaire. Certes, les musiciens qui l'accompagnent ont un bon niveau, mais c'est Miles, généreux et souriant, qui attire les regards. Il remercie sincèrement le public (chose pas si courante sur le plateau de l'Album de la Semaine), mais ne revient pas après sa sortie de scène.

Miles Kane est un chanteur-guitariste talentueux, et son aventure en solo augure d'excellentes productions.

La setlist :
1. Better Left Invisible
2. Rearrange
3. My Fantasy
4. Kingcrawler
5. Quicksand
6. Telepathy
7. Come Closer
8. Inhaler

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Myspace