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22/12/2011

Les Adoptés - Mélanie Laurent


Même les plus fervents détracteurs de Mélanie Laurent ne pourront le nier : elle est une jeune réalisatrice très prometteuse. Son premier film, Les Adoptés, est une jolie réussite. Ses choix cinématographiques sont ceux d'une femme mature, inspirée et appliquée, qui sait à quel moment écouter la petite fille en elle.

Généreuse, Mélanie Laurent offre beaucoup d'émotions, de manière très saine. Le montage est audacieux, l'ambiance lumineuse et grave, les cadrages décalés, l'histoire intime, les acteurs très bons, la partition de Jonathan Morali (Syd Matters) idéale, et l'issue agréablement surprenante de la part de la comédienne/chanteuse, maintenant réalisatrice à la main élégante.
Comme Mélanie Laurent ne fait rien comme tout le monde, son premier film n'a pas l'air d'en être un et souffre de défauts que l'on pourrait reprocher à un(e) cinéaste averti(e) qui a déjà son propre style. Mais c'est peut-être seulement parce que Mélanie sait ce qu'elle veut, prend le temps de travailler sur chaque détail de son projet, et qu'elle sait s'entourer.
Et puis, elle prend des risques, notamment celui de se mettre en scène. Réussir à sublimer Marie Denarnaud, à montrer la sensibilité de Denis Mélochet, à donner à Clémentine Célarié l'opportunité d'exprimer son talent, et à trouver la bouille de Théodore Maquet-Foucher dans la masse des enfants-acteurs, c'est déjà bien ; faire parfaitement son travail d'actrice alors que l'on joue dans son propre film (un premier long métrage, qui plus est), c'est admirable.

Avec Les Adoptés, Mélanie Laurent confirme qu'elle appartient au monde du cinéma, et pas à celui de la musique.


Mélanie Laurent :

Denis Mélochet :
La Rafle

Audrey Lamy :

21/12/2011

50/50 - Jonathan Levine

On ne gardera pas beaucoup de souvenirs de 50/50 de Jonathan Levine. Ce qui devait être un film optimiste et décalé sur le cancer et la façon de vivre son évolution se révèle prévisible et plutôt mou. Le réalisateur s'est inspiré de sa propre histoire, mais n'a étrangement pas réussi à donner à son long métrage la vie qu'il méritait.

Tout au long du film, on sent que l'on passe à côté de quelque chose qui aurait pu être bien. Il y a quelques belles scènes, dont celle du coup de téléphone passé dans la voiture, mais 50/50 est assez creux, à cause notamment d'un scénario linéaire, d'une mise en scène assez pauvre et de clichés tenaces (la mère hystérique, la petite amie infidèle et l'ami lourdaud).
Devant 50/50, on sourit, mais on ne rit pas ; on assiste à une situation grave, mais on ne ressent pas grand-chose. Ce n'est pas la première fois cette année qu'un réalisateur passe à côté de la force de son film en diluant ce qui pourrait émouvoir. On avait en effet déjà eu droit à Restless de Gus Van Sant. À croire que ressentir la souffrance est fondamentalement mauvais et que ce n'est pas ça la vie. Foutaise !
Bilan en demi-teinte, donc. L'absence de conviction dans 50/50 est telle qu'à la place du "poignant, hilarant et sincère" de l'affiche, on aurait davantage vu "faible, facile et poli", mais ce n'était pas vendeur...

Une comédie indé qui ne doit son nom qu'à la présence de Joseph Gordon-Levitt.


Joseph Gordon-Levitt :

Anna Kendrick :

Bryce Dallas Howard :
La Couleur des sentiments
Restless (productrice)

19/12/2011

Intouchables - Éric Toledano & Olivier Nakache

Peut-on toucher à Intouchables, la dernière réalisation d'Éric Toledano et Olivier Nakache ? Peut-on faire état de ses défauts sans se faire lyncher sur la place publique ? On l'espère, parce qu'on peut aimer Intouchables et constater que ce n'est presque pas un film, mais une suite de sketches hilarants interprétés par un duo d'acteurs irremplaçable.

Le détail qui fâche : "Ceci est tiré d'une histoire vraie." Un film est-il moins touchant s'il n'est pas inspiré d'un fait réel ? Cette mention supposée rendre Intouchables plus émouvant qu'il ne l'est résonne comme une début de lavage de cerveau. On met le spectateur en condition alors que le film devrait le faire de lui-même.
Il l'aurait très bien fait d'ailleurs. La scène d'ouverture, cette course poursuite tendue puis drôle, était un choix judicieux d'entrée en matière. L'une des meilleures idées de ce qui est devenu un phénomène de société.
Enfin, si l'on se réjouit d'entendre du classique et des répliques déjà cultes, il ne faut pas oublier pourquoi Intouchables est empreint de tant d'impertinence et de justesse : Omar Sy et François Cluzet sont complémentaires. Et c'est pour ça que l'ensemble fonctionne, que ça comble les manques. Ils sont les bras qui donnent le chocolat aux millions de spectateurs.

"Pas d'bras, pas d'chocolat !"


François Cluzet :
Les Petits Mouchoirs

Anne Le Ny :
Les Invités de mon père

Audrey Fleurot :
Minuit à Paris
Les Femmes du sixième étage

18/12/2011

Les Marches du pouvoir - George Clooney

Pour son quatrième film, George Clooney se penche sur les coulisses de primaires américaines et dénonce les manigances du système politique. Manipulation, compromission, trahison, sexe... tout y est, mais rien ne déborde. Les Marches du pouvoir se révèle presque lisse, simple constat sur le pouvoir et la nature humaine qui ne surprend plus que les grands naïfs.

Ce long métrage est à l'image de son réalisateur, élégant ; et ça ne suffit pas. On passe un bon moment dans le noir (en compagnie de Ryan Gosling, surtout), mais rien ne reste. De l'histoire à la morale en passant par l'interprétation et la réalisation, tout est convenu.
Trop carré, le film ne fascine pas. Il est court et efficace, sans rien proposer d'original. Les seconds rôles font leur travail, mais pas plus ; Clooney s'est donné le rôle le plus intéressant et l'incarne très bien, mais ne lui a laissé que peu de place. Il a cependant eu la bonne idée de confier la musique à Alexandre Desplat.
Néanmoins, sans surprise, c'est Ryan Gosling qui attire l'attention. Au-delà de sa performance d'acteur, c'est un régal de le voir s'imposer à l'écran à quatre-vingt-quinze pour cent du temps. Et ce plaisir-là, on ne s'en lasse pas.

Dans l'ensemble, Les Marches du pouvoir manque de saveur.


Ryan Gosling :

17/12/2011

Inni - Sigur Rós @ La Géode

Un chef-d'œuvre pour fêter la deuxième année de Curse of the Ninth Symphony.

Le 28 novembre 2009, lors de la soirée "Le cinéma de Sigur Rós" à Paris, une première version de Svefn-g-englar provenant de ce qui serait Inni a été diffusée. Il a fallu attendre le 12 novembre 2011 pour assister, à La Géode, à la projection intégrale de ce film musical sublime comprenant des versions magnifiques de Ný batterí, Svefn-g-englar, Fljótavík, Inní mér syngur vitleysingur, Sæglópur, Festival, E-bow, Popplagið et Lúppulagið, entrecoupées d'images d'archive faisant prendre conscience de l'évolution de Sigur Rós.

Inni regroupe les deux concerts de Sigur Rós à l'Alexandra Palace de Londres en 2008. Pour rendre visible l'intensité de la musique du groupe, Vincent Morisset, le réalisateur, a filmé sur pellicule 16 mm les enregistrements vidéo numériques originaux, et les a filmés à nouveau à travers des prismes ou autres objets trouvés. Ainsi, contrairement à Heima ("maison" en islandais), le premier film sur Sigur Rós qui dévoilait leur incroyable tournée en Islande, chez eux donc, Inni ("à l'intérieur" en islandais) montre l'intimité violente d'un live puissant. Le spectateur peut ainsi profiter des subtilités qui font de la musique de Sigur Rós l'expérience sensorielle ultime.
La musique de Sigur Ros fait frissonner la moindre parcelle de peau ; elle fait le lien entre le cœur et le corps ; elle rythme la respiration ; elle fait vivre. S'il on faisait un classement des meilleurs groupes de l'histoire de la musique, Sigur Rós devrait non pas être premier mais hors catégorie, parce que ses quatre membres font plus que de la musique. Ils parlent aux petites filles et aux petits garçons cachés à l'intérieur de chacun, ceux que l'on croit mort mais qui sont seulement meurtris ; ils les font se manifester pour les apaiser, dans les larmes souvent.
Sigur Rós, sans le savoir, offre à l'humanité un aperçu de la perfection. Et c'est saisissant parce que ça détruit quelque chose en même temps que ça en fait naître une autre au plus profond de l'âme. Pour les plus sensibles, attention aux ravages que peut faire l'enchaînement Fljótavík/Inní mér syngur vitleysingur/Sæglópur/Festival dans Inni. Et pour ceux qui pensent que l'énergie, la sincérité, la pureté, la grâce et la magie s'estompent, on est allé, pour leur prouver que non, à la deuxième projection du film à La Géode le 24 novembre et à celle que proposait le centre culturel Commune Image le 20 novembre, lors de la Journée Air d'Islande.

Divin.


Jónsi @ Bataclan

30/11/2011

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la licorne - Steven Spielberg



L'odeur de nachos, les enfants qui s'ennuient, les conversations téléphoniques et les réactions exagérées n'ont pas dû aider, mais Les Aventures de Tintin : Le Secret de la licorne de Steven Spielberg n'a pas été une bonne surprise. C'est un film froid, sans nostalgie, et la 3D, inutile, fait très mal aux yeux.

Première chose, la performance capture était le plus mauvais choix à faire pour adapter Tintin. D'un point de vue technique, la démonstration est réussie, mais on repassera pour l'authenticité. La surenchère n'est pas que visuelle, elle est également scénaristique ; ce qui est probablement dû au mélange de trois volumes des aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le rouge et Le Crabe aux pinces d'or.
Pendant deux heures, les scènes d'action s'enchaînent à un rythme effréné jusqu'à susciter l'ennui. Spielberg a oublié que Tintin n'était pas Indiana Jones, et il aurait pu s'éviter le ridicule en supprimant la séquence de la bataille entre grues de chantier...
Pour terminer sur une note positive, seul le capitaine Haddock est plutôt fidèle à son personnage (merci Andy Serkis), la scène de la bataille navale est impressionnante et la partition de John Williams correcte.

Ça donne envie de se replonger dans les bandes dessinées ou même dans la série télévisée pour oublier.


Steven Spielberg, producteur exécutif :

29/11/2011

La Couleur des sentiments - Tate Taylor

Est-ce qu'un film semble meilleur ou moins bon selon les conditions dans lesquelles on le voit ? Très probablement. Être allongé dans un fauteuil inclinable, sous une couverture, une crêpe au Nutella prédécoupée et une orange pressée à disposition, pour une projection presque privée dans un pays étranger, ça aide à apprécier le prévisible The Help de Tate Taylor.

En France, le film adapté du best-seller de Kathryn Stockett s'appelle La Couleur des sentiments. Un choix plutôt justifié puisque ce long métrage dégouline de bons sentiments et, même si le mot "couleur" fait référence à celle de la peau des personnages, on pense aussi à la photographie très colorée.
D'autant que la ségrégation et les droits civiques ne sont qu'un prétexte pour mettre en avant le combat des femmes, et plus particulièrement celui d'une Blanche pour les Noires... Progressivement, le film au potentiel dramatique évident se transforme en comédie de la bonne conscience.
Ce qui sauve The Help, c'est le très bon casting. Emma Stone, Bryce Dallas Howard, Jessica Chastain, Viola Davis et Octavia Spencer sont toutes douées (mention spéciale à Bryce Dallas Howard). Malheureusement, elles ne font pas oublier les clichés et la mise en scène très pauvre.

Quand on a goûté au cinéma dans une platinum movie suite, difficile de garder son calme dans une salle traditionnelle remplie de mal élevés.


Emma Stone :

Jessica Chastain :

Bryce Dallas Howard :
Restless (productrice)

Chris Lowell :

22/11/2011

Polisse - Maïwenn

Parfois, on n'aime pas l'attitude d'une personne, mais on se sent obligé d'admettre qu'elle a accompli une très belle chose. Maïwenn a réalisé Polisse, un long métrage aussi bon que ses autres films étaient mauvais. Polisse a été récompensé par le Prix du jury au Festival de Cannes 2011, à juste titre, même si les critiques n'ont pas été unanimes.

Polisse décrit le quotidien des policiers de la BPM (la brigade de protection des mineurs). Maïwenn a pris le temps de développer l'histoire de ceux qui doivent chaque jour interroger des pédophiles, des parents maltraitants, des enfants et des adolescents perdus dans la société d'aujourd'hui, etc. Une multitude d'histoires se mêlent dans un montage habile, ponctué de scènes et de répliques cultes malgré des sujets difficiles.
La plus grosse erreur de la réalisatrice, c'est de s'être donné un rôle. D'abord parce qu'il n'est pas indispensable, ensuite parce qu'une autre actrice l'aurait mieux interprété. Cela dit, elle se rattrape avec le reste du casting (c'est toujours un plaisir de voir Nicolas Duvauchelle), notamment en choisissant Joey Starr, incroyable, et Marina Foïs, magnifique.
L'ensemble est nerveux, furieux, révoltant, mais aussi bouleversant, attendrissant et authentique ; juste en même temps qu'injuste. Polisse n'est jamais glauque ni tire-larmes (même si on en verse, de tristesse et de joie), c'est un film réaliste. On souffre d'assister à tant de violences humaines, mais c'est une souffrance utile.

"T'façon les mecs c'est tous des sales races."


Karin Viard :

Frédéric Pierrot :

15/11/2011

The Artist - Michel Hazanavicius

On l'a tellement attendu, on en a tellement entendu parlé, que la surprise de découvrir un film muet en noir et blanc et en 1.33, réalisé par un Français, n'est pas venue. The Artist de Michel Hazanavicius est un long métrage indispensable, qui rappelle d'où vient le Cinéma, art de l'image. L'esthétique est travaillée, les mises en abyme sont très intéressantes (par exemple, la première phrase du film est "Je ne parlerai pas") et l'héritage du cinéma des années 1920 a bien été transmis.

Si les références au 7e art sont nombreuses (Citizen Kane, Singin’ in the Rain, Seventh Heaven, A Star is Born, etc.), le film possède sa propre identité, grâce notamment à l'interprétation de son acteur principal, Jean Dujardin, lequel mérite son prix d'interprétation au Festival de Cannes 2011. On l'a connu hilarant, on l'a découvert capable de tenir des rôles tragiques ; dans The Artist, il excelle en tant qu'acteur muet, expressif sans trop en faire.
On ne peut en dire autant de Bérénice Béjo, moyenne lors de ses premières apparitions, mais qui trouve peu à peu sa place aux côtés de John Goodman, James Cromwell ou encore Malcolm McDowell, et se révèle pétillante. Autre acteur à part entière, qui a le droit d'être mentionné dans une critique tant son rôle est essentiel et attachant : Uggy, le petit chien malicieux parfaitement dressé, qui feint la mort, fait du skateboard et sauve son maître, entre autre.
Dans cette histoire d'amour sur fond de bouleversement cinématographique à Hollywood (passage du muet au parlant), le scénario étant assez simple malgré les rebondissements, on s'attarde sur la photographie, les jeux de lumières, sur la beauté de certaines séquences (la première scène de tournage, le numéro de claquettes...) et, comme un film muet n'est pas un film silencieux, sur la musique. N'est pas compositeur de musique de film qui veut, mais force est de reconnaître que Ludovic Bource livre une partition idéale et participe au succès de ce long métrage mêlant noirceur et enthousiasme.

Les dernières secondes viennent très légèrement gâcher l'ensemble brillant. Michel Hazanavicius et Anne-Sophie Bion (la monteuse) auraient dû écouter le personnage du réalisateur criant "Cut !".


Jean Dujardin :
Les Petits Mouchoirs

31/10/2011

La Piel que habito - Pedro Almodóvar

Pedro Almodóvar retravaille le mythe de Frankenstein dans La Piel que habito, libre adaptation de Mygale, un roman de Thierry Jonquet. Le réalisateur espagnol a certes retrouvé le talent de ses débuts, bien choisi ses acteurs (Elena Anaya, Antonio Banderas, Marisa Paredes) et la musique (le morceau Shades of Marble du Danois Trentemøller, entre autre), mais l'excentricité maîtrisée n'a pas le même charme que la spontanéité. Almodóvar en fait-il trop ?

Premièrement, les obsessions du réalisateur commencent à lasser. La transgression, l'identité sexuelle, la passion criminelle, les femmes... Finalement, on a l'impression qu'il est coincé dans ses problématiques et qu'il n'en sortira jamais. Il s'enferme lui-même derrière l'écran et, par une mise en scène intime et aseptisée, empêche le spectateur de se plonger totalement dans l'histoire.
Deuxièmement, ce thriller glacial qui a l'élégance de ne pas tomber dans un ton plaintif et larmoyant contient beaucoup de scènes trop longues. Chacune y a sa place, mais le rythme est parfois inutilement lourd ; un montage affûté aurait été bénéfique à la tension du film. Ce corps cinématographique a une très belle peau, il lui manque un peu de nerfs.
Troisièmement, impossible de ne pas faire une overdose de scènes de sexe malsain. À croire qu'il faut mettre mal à l'aise pour impressionner. De manière générale, la provocation n'est pas chose mauvaise, mais jouer dangereusement avec les limites en enrobant le tout d'une photographie parfaite pour qu'on parle de film d'horreur et de vengeance chic et classieux, c'est dommage.

La Piel que habito n'est pas un chef-d'œuvre, mais ce n'est pas une raison pour déranger ses voisins pendant la projection.


Antonio Banderas :

29/10/2011

Warrior - Gavin O'Connor

On avait peur de voir Fighter en moins bon, de faire naturellement la comparaison entre ces deux films de frères et de combats. On a eu tort. Warrior de Gavin O'Connor est un long métrage académique mais puissant, viril et sensible. Et c'est de loin qu'il ressemble au dernier travail de David O. Russell. Néanmoins ce "drame familial sur fond sportif" a ses faiblesses.

Au-delà des aspects cinématographiques les plus techniques, au-delà du scénario convenu, du montage précis, des mouvements de caméra les plus vifs, Warrior repose sur l'interprétation de deux acteurs complémentaires : Tom Hardy et Joel Edgerton. Alors que le premier, brut et mystérieux, fascine dès sa première apparition, le second construit petit à petit son personnage de professeur de physique devant remonter sur le ring pour subvenir aux besoins de sa famille.
Ces frères au passé difficile sont filmés comme des héros. Des héros qui combattent pour l'argent, certes, mais qui luttent aussi avec eux-mêmes et leur drame familial commun, souligné par la présence d'un père alcoolique cherchant la rédemption (Nick Nolte). C'est le mixed martial arts, sport de combat autorisant tous les coups, qui les réunit à nouveau.
On frissonne à chaque coup, on a le goût de la sueur et du sang dans la bouche. Et si on a l'impression d'avoir déjà vu le film avant même qu'il ne se termine, on prend un plaisir assumé à ressentir ce qui se dégage de la réalisation de Warrior et de ses scènes de combat viscérales. L'émotion qui culmine dans l'affrontement final rattrape d'ailleurs le mauvais choix de conclusion scénaristique.

Un long métrage de caractère.


Tom Hardy :

17/10/2011

We Need to Talk about Kevin - Lynne Ramsay

We Need to Talk about Kevin de Lynne Ramsay est un drame familial dont personne ne sort indemne, pas même le spectateur, malmené. En compétition au Festival de Cannes 2011, ce long métrage n'a pas reçu de récompense ; on ne lui en donnera pas non plus, malgré les très bonnes interprétations de Tilda Swinton et Ezra Miller, une photographie aussi claire et colorée que l'ambiance est malsaine, et un ensemble oppressant réussi.

Après la tuerie menée par Kevin dans son lycée, Eva, rongée par la culpabilité, cherche dans ses souvenirs d'où aurait pu venir sa responsabilité. Le travail de Lynne Ramsay sur le complexe d'Œdipe est évident : Kevin ne sait pas, depuis sa naissance, comment exprimer son amour pour sa mère. D'incompréhensions en silences lourds, la relation entre cette mère désemparée et son fils maléfique devient vite insupportable.
Le film est trop centré sur une période de l'enfance et regorge de flashbacks incessants, ce qui crée un problème de rythme. D'autant que le propos de la réalisatrice et scénariste est clair, mais elle insiste et s'attarde, jusqu'à perdre en crédibilité. Peut-on vraiment déceler la violence si tôt ? Les racines du mal sont-elles visibles dès les premières années de vie d'un être humain ?
Enfin, comment une mère peut-elle être aussi patiente avec un tel monstre sans chercher de l'aide extérieure (ou si peu) ? Cela participe peut-être du souhait de Lynne Ramsay de maltraiter psychologiquement le public... Elle en rajoute même en liant directement l'un des seuls moments de bonheur partagé entre mère et fils à l'acte irréparable de celui-ci.

Éprouvant, étouffant et dérangeant, We Need to Talk about Kevin ne laissera personne indifférent.


Tilda Swinton :
L'Étrange Histoire de Benjamin Button

11/10/2011

Restless - Gus Van Sant


L'on aura beau parler de l'identité visuelle de Restless, des thèmes de prédilection de son réalisateur (la jeunesse et la mort), et de la luminosité avec laquelle est traité un sujet sombre et difficile, Gus Van Sant est quelque peu absent de son travail. Il y a certes les ingrédients, mais le résultat est à la limite d'être fade.

On trouve dans Restless de jolies scènes pleines de poésie et de bonnes idées (silhouettes dessinées à la craie sur le bitume ; Hiroshi, le fantôme japonais). On y entend Two of us des Beatles en ouverture puis du Sufjan Stevens ; et l'on y découvre Henry Hooper (fils de Denis ; le film est d'ailleurs dédié à ce dernier), qui promet d'avoir une belle carrière.
Mais, à l'image de l'actrice principale, le film manque de caractère. Mia Wasikowska n'a pas le talent pour porter le rôle d'une adolescente en phase terminale de cancer, et le couple qu'elle forme avec Henry Hooper ne fonctionne pas tant il est doucereux. L'erreur monumentale représentative de cet échec est d'avoir choisi Sympatique de Pink Martini pour une longue séquence sans dialogue. Du gâchis d'images.
Par ailleurs, la relation que ces deux jeunes entretiennent avec la mort n'est que partiellement abordée. La cause ? C'est un long métrage sur la vie. Mais la légèreté de ton, l'esthétique générale et l'économie de personnages secondaires (pourtant intéressants) éloignent de l'émotion. Gus Van Sant contourne. Et à trop vouloir échapper au larmoyant, il ne se dégage aucune tension de Restless. L'on en vient même à être mal à l'aise d'admettre que l'on reste plutôt indifférent.

Une déception.

Mia Wasikowska :

05/10/2011

Crazy, Stupid, Love - John Requa & Glenn Ficarra

Ryan Gosling est aussi à l'écran dans Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra, une comédie romantique dont certains devraient s'inspirer. Parce que dans ce film, les clichés sont manipulés pour être dépassés ; les deux réalisateurs ont respecté les codes du genre, mais sont souvent parvenus à jouer avec eux. Cela dit, on n'est pas tout à fait dans la veine de Love Actually non plus !

D'abord, Requa et Ficarra disposent d'acteurs aussi polyvalents que singuliers : Steve Carell, Ryan Gosling, Julianne Moore, Emma Stone, Kevin Bacon... Un cocktail explosif d'amour, de tendresse, de tristesse, de classe et d'humour teinté de romantisme.
Ce qu'ils ont fait de mieux avec ce casting, c'est de développer l'histoire de chaque personnage (jeunes et moins jeunes) et d'enchevêtrer les situations, sur une bande originale agréable (Miike Snow, Goldfrapp, The Middle East, etc.). Néanmoins, si l'on n'entre pas dans le comique d'exagération, l'on risque probablement de trouver le temps long et la conclusion maladroite à cause de nombreux rebondissements.
On peut reprocher à Crazy, Stupid, Love d'avoir un scénario et des idées de fond trop convenus, mais n'est-ce pas aussi, dans une certaine mesure, ce que l'on attend ? Et non, Ryan Gosling n'est pas seulement sexy et irrésistible, il est aussi un excellent acteur au pouvoir comique insoupçonné.

"Are you Steve Jobs ? No. Oh, okay. Well, in that case you have no right to wear New Balance sneakers, ever."


John Requa & Glenn Ficarra :

Julianne Moore :

Ryan Gosling :
Drive
Blue Valentine

30/09/2011

Drive - Nicolas Winding Refn

Des films comme Drive, il y en a peu. Très peu. Toute la beauté cinématographique est condensée dans ce long métrage signé Nicolas Winding Refn. Celui-ci y intègre émotion, action, violence, romantisme, drame... tout en jouant sur l'ambiance des films urbains des années 1970, mais aussi sur le style série B qui lui permet quelques coupes scénaristiques. C'est là la force du réalisateur : il utilise ses références à bon escient pour adapter sans esbroufe le roman de James Sallis.

Il faudrait la longueur d'une thèse pour rendre hommage à Drive, car Nicolas Winding Refn réussit à digérer le meilleur du cinéma américain et le meilleur du cinéma européen pour en faire une merveille du septième art. Une leçon. La séquence déjà culte ? Celle de l'ascenseur, d'une intensité tétanisante.
Cette poésie mélancolique divine est principalement incarnée par Ryan Gosling. Parfait étant un faible mot (ayant perdu de sa superbe à force d'être trop et mal usité), on opte, afin de le définir au mieux, pour prodigieux, magistral, fascinant, phénoménal et charismatique. Son personnage, dépourvu de prénom (et de passé), agit selon ses propres règles et ne parle que lorsque c'est utile. Nicolas Winding Refn peut ainsi travailler les silences et mettre l'accent sur les regards qui en disent plus que les mots, et également sur le son et une bande originale idéale parce qu'elle fait corps avec le film : Kavinsky, College feat. Electric Youth, Chromatics, Desire, etc., sans surenchère ni faute de goût.
Il n'y a d'ailleurs aucune erreur nulle part dans Drive. Le moindre détail est pensé. De la typographie rose manuscrite du titre à la musique eighties en passant par la finesse d'interprétation, la photographie séduisante (Newton Thomas Sigel) et la nervosité du rythme faussement calme. Et quand vient le générique de fin, on demeure immobile au fond de son siège, souhaitant ne jamais sortir de cet univers et pensant que rien n'est venu gâché ce moment.

Un pur chef-d'œuvre.


Ryan Gosling :
Blue Valentine

Carey Mulligan :
Never Let Me Go
Brothers

25/09/2011

I'm Still Here - Casey Affleck

À force d'entendre et de lire que la stratégie marketing de Casey Affleck et Joaquin Phoenix n'avait pas fonctionné, on en a entendu parler de I'm Still Here. Pourtant, au lieu de se délecter d'un tel échec, les médias auraient dû approfondir leur sujet et se pencher sur le film en lui-même et sur ce qu'il propose comme réflexion.


En 2008, Joaquin Phoenix annonce son retrait du monde cinématographique pour se lancer dans le hip-hop. Alors au sommet de sa gloire, il déclenche son impitoyable chute libre. Le poil long et le ventre rond de bière, Joaquin est méconnaissable. On ne sait pas si l'on doit être dégoûté ou attendri par ce personnage grincheux en pleine déchéance.
Et c'est bien de cela qu'il s'agit : on ne sait pas si l'on assiste à la véritable descente aux enfers de Joaquin Phoenix ou si ce documentaire est fabriqué. Peu importe que la vérité ait éclatée avant la sortie du film, on veut toujours y croire : la puissance des images, c'est qu'on se demande encore si c'est faux. Et dans les deux cas, Casey Affleck (beau-frère de l'acteur et réalisateur du film qui n'a décidément rien à envier à son frère Ben) montre son talent en même temps que celui de Joaquin : soit c'est vrai et c'est extrêmement touchant, soit c'est réfléchi et ça l'est très bien.
Les deux artistes, qui dénoncent au passage le système hollywoodien, jouent sur cette confusion entre le jeu et le réel. Ils travaillent les frontières. Ils troublent le spectateur. Mais finalement, n'est-ce pas ça le Cinéma ? Faire croire que le faux est vrai ?

Joaquin Phoenix est un très grand acteur.


Casey Affleck :
The Killer Inside Me

Ben Affleck :
The Town

22/09/2011

Submarine - Richard Ayoade



Richard Ayoade, réalisateur de séries télévisées et de clips, ajoute à sa filmographie Submarine, un film au ton vif et recherché sur l'adolescence, thème récurrent au cinéma. Il a fait d'un roman de Joe Dunthorne un long métrage indé décalé qui en agacera plus d'un, mais qui a certaines qualités incontestables.

La première, la bande originale. Signée Alex Turner (leader charismatique des Arctic Monkeys), elle est composée de ballades au piano et à la guitare qui se marient admirablement avec les images et l'histoire. Tout en retenue, Alex Turner prouve qu'un bon meneur peut aussi s'effacer quand il le faut, sans disparaître, dans l'intérêt d'un projet.
L'histoire, c'est celle d'Oliver Tate, un adolescent de 15 ans en plein roman de formation. Le film est construit comme un journal intime (voix off, ralentis, retours en arrière, arrêts sur image...) : Oliver, solitaire cultivé doté d'une imagination débordante, narre sa propre vie, en trois parties. Plutôt mature et désabusé, il garde cependant un côté attendrissant qu'il doit à son manque d'expérience. Sa petite-amie, Jordana, est aussi complexe et originale que lui ; et les jeunes comédiens Craig Roberts et Yasmine Paige donnent de l'épaisseur à leurs personnages.
Dans Submarine, les seconds rôles joués par les adultes ont également leur importance. Car le cynisme adolescent n'aurait pas le même impact sans la maladresse attachante des parents d'Oliver, provinciaux gallois finement interprétés par Sally Hawkins et Noah Taylor, ou la folie du nouveau voisin, ex de sa mère et probable futur amant de celle-ci. L'humour et le ton léger reposent donc beaucoup sur l'écriture et son interprétation, mais cette approche décontractée, presque détachée, cache pourtant des problèmes graves, comme la tromperie, les mensonges ou la dépression.

Un film charmant.


Sally Hawkins :

Noah Taylor :

21/09/2011

Melancholia - Lars von Trier

Terrence Malick a filmé la création dans The Tree of Life, Lars von Trier donne sa version de la fin dans Melancholia. Quand le premier s'attarde sur la naissance de l'univers et le travail de deuil, le second se concentre sur les instants précédant l'apocalypse et la dépression. Il parvient ainsi à faire passer des vérités sur la nature humaine grâce à la science fiction.

Lars von Trier annonce la sentence dès la succession de tableaux des quinze premières minutes, sur une musique prenante et envahissante de Wagner (Tristan et Ysolde). Un prologue qui montre, au travers de ces images au ralenti et chargées de références au lyrisme allemand (la plus évidente : Ophelia de Millais), quelques réactions humaines face à l'inéluctabilité de la mort. Une planète entre en collision avec la Terre, et la question que le réalisateur se pose, c'est de savoir comment la promesse d'un tel événement agit sur l'humanité. Il propose une réponse intime, en découpant son film en deux parties, analysant en particulier deux personnalités, celles de deux sœurs qui ont des visions opposées de la vie, dans deux temporalités différentes.
Justine (Kirsten Dunst) est dépressive, souvent absente d'elle-même. Claire (Charlotte Gainsbourg), à l'inverse, est très posée, pragmatique, rationnelle. Elles se détestent autant qu'elles s'aiment et sont condamnées à cette relation fusionnelle. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec les deux planètes qui sont sur le point de fusionner. Claire représente la Terre et l'humanité : elle est impuissante, minuscule au sein de l'univers et panique au moment de la fin. Justine accepte sereinement le désastre qui s'annonce, parce qu'elle se place déjà en dehors de la société. Elle ne croit pas en l'humanité et a également participé, à son échelle, à la déconstruction de celle-ci pendant son mariage (on pense à Festen de Thomas Vinterberg). Sombre, son visage s'illumine quand la planète se rapproche. Elle est en phase avec elle. Il n'est pas anodin, d'ailleurs, que le corps céleste porte le nom Melancholia. L'étymologie du mot mélancolie parle d'elle-même : "melas" et "kholê" en grec signifient "bile noire". La mélancolie est une véritable maladie, c'est un mal-être profond exprimé par un désespoir intense, dont l'issue est, parfois, la mort. Il n'est pas étonnant donc que plus la trajectoire de la planète se précise, plus Justine se calme et plus son mal-être se transforme en soulagement.
En dehors des multiples considérations philosophiques qu'il est possible de faire sur le film et sur son personnage principal, Melancholia est cinématographiquement maîtrisé de bout en bout par Lars von Trier. La tension se lit dans les couleurs et dans les sons, dans les plans serrés très réalistes autant que dans les séquences décalées, dans le jeu des acteurs (Charlotte Rampling, John Hurt et Kiefer Sutherland font partie du casting) et dans le montage astucieux. Melancholia est un poème à l'inquiétante étrangeté. Nul doute que le scandale déclenché par Lars von Trier au Festival de Cannes lui a peut-être coûté la Palme d'or, facilitant la tâche au jury.

Il faut être assez sensible pour recevoir ce film sidérant et bouleversant, et assez fort pour ne pas sombrer dans la mélancolie.


John Hurt :

Charlotte Rampling :
Never Let Me Go

19/08/2011

Killing Bono - Nick Hamm

Qui n'a jamais rêvé de tuer Bono, irritant chanteur du groupe U2 ? Malheureusement, Killing Bono ne satisfait pas ce désir caché. En revanche, Nick Hamm réalise un bon film sur l'injustice touchant les artistes qui n'ont pas moins de talent que d'autres, mais qui ne parviennent pas à entrer dans le système de la gloire, de la communication et du marketing.

Paul David Hewson n'était pas meilleur que Neil McCormick en 1976 à Dublin. L'un a simplement eu une chance inouïe (pas forcément justifiée, mais ça fait partie de la chance), l'autre a enchaîné les échecs. Paul est devenu Bono et connaît le succès avec U2, tandis que Neil se bat avec toute la bonne volonté du monde pour faire de Shook Up ! un groupe connu et reconnu.
La plupart des spectateurs voient Killing Bono comme une comédie. Pourquoi pas, certains moments sont drôles. Mais rire du malheur des autres se révèle peu à peu frustrant. D'autant que Ben Barnes et Robert Sheehan (l'irremplaçable Nathan dans la série Misfits) rendent leurs personnages attachants, et l'on se prend à espérer une autre fin pour eux.
Le film en lui-même souffre de digressions, lesquelles peuvent lasser, et dans l'ensemble, il manque un peu de force, hormis dans la relation fraternelle. Le scénario, le cadrage, le montage, les costumes, les décors, la bande son... tout est correct, mais tout aurait mérité plus de travail.

Conclusion : monter un groupe, mettre des lunettes et rencontrer le pape, ça rapporte plus en termes d'argent et de reconnaissance que de s'acharner à écrire des textes complexes et à les mettre en musique. À vomir, non ?

17/08/2011

Blue Valentine - Derek Cianfrance

Pour son deuxième long métrage, Derek Cianfrance réussit à déprimer tout le monde en usant de deux artifices aussi simples que précieux : le réalisme et le montage. Il a en outre choisi deux acteurs intelligents, Michelle Williams et Ryan Gosling, pour jouer deux périodes extrêmes de la vie d'un couple : les premiers moments spontanés et plein d'espoir, et l'agonie finale.

Dean et Cindy tombent amoureux. Six ans plus tard, ils se déchirent. Si l'on résume, c'est bien de cette histoire qu'il s'agit dans Blue Valentine. Mais le réalisateur travaille son sujet et démontre que du plus simple synopsis peut naître une profonde émotion. C'est la mise en scène, l'image, l'ambiance, le montage et les personnages qui donnent tout son intérêt au film.
Derek Cianfrance voulait d'abord tourner en deux fois, à six ans d'intervalle. Les producteurs n'étant pas d'accord, le réalisateur a misé sur ses comédiens. Michelle Williams et Ryan Gosling ont vécu ensemble pour donner davantage d'intensité à la complicité de leurs personnages ; une grande réussite, mise en lumière par le montage imbriquant passé et présent, le premier en image digitale, le second en pellicule 16 mm.
À cela s'ajoute une grande force dans le traitement de l'histoire : le réalisateur ne montre pas les années de vie commune. Il laisse une certaine liberté d'imagination au spectateur, tout en lui donnant un cadre puisqu'il filme la naissance de l'amour et son érosion. Enfin il impose une vérité : l'échec de cette relation amoureuse. Et tout ça sans accuser personne.

Blue Valentine est un film indépendant qui fait du bien en faisant un peu de mal.

Michelle Williams :