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25/12/2011

Noel Gallagher's High Flying Birds @ Casino de Paris

Quand Oasis s'est séparé en 2009 à Rock en Seine, nombre de fans ont juré de boycotter les projets personnels des frères Gallagher. Beaucoup l'ont fait sans mal avec le groupe de Liam, Beady Eye, mais quand Noel a gracieusement sorti ses nouvelles compositions, on est (re)tombé sous le charme. Il était donc inenvisageable de ne pas assister au concert de Noel Gallagher's High Flying Birds au Casino de Paris le 6 décembre 2012.


The Electric Soft Parade
Pendant la première partie plutôt banale pour ne pas dire chiante, le public s'installe progressivement, boit et s'impatiente. Trente-cinq minutes de pop aux mauvaises harmonies vocales et au synthé crispant, c'est long. Le seul élément intéressant, c'était le final instrumental tout en lâcher prise, mais même ça, The Electric Soft Parade n'a pas su le maîtriser, le faisant traîner.
Le son est fort, trop fort. Même quand c'est la musique d'attente qui résonne dans le Casino de Paris. Heureusement que la setlist est bonne (préparée par Noel ?) : Ticket to Ride des Beatles, Deep Blue d'Arcade Fire, Between the Lines de Bonobo feat. Bajka, etc. La musique s'évanouit enfin, en même temps que la lumière s'éteint. Et la foule scande le prénom du demi-dieu tant attendu...

Noel Gallagher
Noel entre sur scène sous de chaleureux applaudissements. L'homme dégage tellement de classe et de grandeur qu'en lançant un simple "Bonsoir !" au public, ce dernier s'enthousiasme déjà. Les High Flying Birds et Noel entament (It's Good) To Be Free, comme un clin d'œil à la nouvelle liberté de Noel sans Oasis, sans son frère si charismatique. Un triomphe d'entrée de set. Après une autre cover d'Oasis, Mucky Fingers, le groupe joue l'une des plus belles compositions de Noel, Everybody's on the Run. La voix est claire, puissante et fait remonter les plus beaux souvenirs qu'on a avec Oasis. On frissonne, on chante ces nouvelles paroles par cœur et on se surprend à avoir les larmes aux yeux, de bonheur.
Après Dream on, les acclamations de la foule survoltée, un petit "It's nice to be back in Paris !", l'oasienne If I Had a Gun..., The Good Rebel, une version très sincère de The Death of You and Me et Freaky Teeth, on se dit que le talentueux Noel s'est entouré d'excellents musiciens. Mais c'est lui que tout le monde est venu voir. Et lui, il sait ce qu'on veut entendre : Wonderwall. Une telle surprise que les larmes coulent discrètement sur certains visages. Il n'y avait que Noel pour offrir une version épurée, sublimée, différente mais toujours aussi magique de ce chef-d'œuvre. L'ovation amène le leader à montrer qu'il n'a pas perdu son humour : "Have u finish ? Can I carry on ?" Et il continue avec Supersonic. Une bombe. 
Quand les musiciens le rejoignent, ils enchaînent (I Wanna Live in a Dream in my) Record Machine, AKA... What a Life !, Talk Tonight (Oasis cover), Soldier Boys and Jesus Freaks, AKA... Broken Arrow, Half the World Away (Oasis cover) et (Stranded on) The Wrong Beach. Et pour terminer cet excellent concert, Noel Gallagher's High Flying Birds joue trois morceaux d'Oasis en rappel : Little by Little, The Importance of Being Idle, et la mythique Don't Look Back in Anger. Car, même si Liam pense que son frère est con, il est très loin de l'être : Noel sait que son public, c'est celui d'Oasis. Le split de 2009 est resté en travers de la gorge des fans. Alors on a tous essayé de le faire sortir en hurlant les paroles des chansons du groupe que Noel joue parfaitement.


C'est bien Noel l'âme d'Oasis, le cinquième Beatles, le génie. Ses compositions sont superbes, et quand on entend Wonderwall et Don't Look Back in Anger, alors qu'on croyait les avoir entendues en live pour la dernière fois en 2008, à Montréal, c'est intense.

23/12/2011

M83 @ Gaîté lyrique

Alors c'est ça l'ivresse musicale. Cet état second que l'on atteint en plein live et qui transporte ailleurs. La transe avait déjà frappé à ma porte, elle l'a fait d'une manière différente cette fois ; plus subtile, plus saine. La musique par laquelle elle est venue, c'est celle d'Anthony Gonzalez, un musicien français plus connu sous le nom de M83. Ça s'est passé le 30 novembre 2011 à la Gaîté lyrique.


En guise d'amuse-bouches, Hannah a joué pendant quarante minutes avec le sourire. Hannah, c'est Emmanuel au chant et à la guitare (acoustique et électrique), Laurent à la batterie et aux chœurs. Leur folk nerveuse est minimaliste mais sophistiquée. Et entre les ballades charmantes et les compositions plus énergiques, ils ont interprété une étonnante reprise de Kiss. Néanmoins, aussi complices soient-ils, ces Niçois ont encore du chemin à faire pour trouver leur identité.

Après des années à écouter la magistrale électro rêveuse de M83 dans mon iPod (et puisque j'avais déjà vu la légende Paul McCartney à Bercy en 2009), je me suis décidée à découvrir l'artiste sur scène. L'angoisse. Savoir qu'une fois l'heure et demie de concert passée, je serai en manque. Et ça s'est déroulé exactement comme je l'avais prévu : de l'intensité, un peu de génie, beaucoup de modestie, des souvenirs merveilleux et l'envie d'aller à La Cigale le 15 mars 2012.
Malgré les problèmes techniques, Anthony Gonzalez et ses musiciens étaient heureux d'être à Paris et ont partagé leur bonheur avec un public conquis. La chanteuse américaine Morgan Kibby a charmé la salle de sa voix époustouflante, le jeune bassiste a impressionné de son aisance, et le batteur, discret, a honoré les compositions incroyablement pures et profondes d'Anthony.
Du parfait dernier double album, Hurry up, We're Dreaming, ils ont joué Intro, les entraînantes Reunion et Claudia Lewis, les survoltées Year One, One UFO et This Bright Flash, l'indescriptible Steve McQueen et la vaporeuse Wait. De son précédent album, Saturday = Youth (2008), on a eu droit à la jolie Kim & Jessie et à une version ambitieuse et transcendante de We Own the Sky. Enfin, de Before The Dawn Heals Us (2005), ce sont l'enchanteresse Teen Angst et la post-rock A Guitar and a Heart qui ont fini de ravir les mélomanes.
Quant au rappel... Difficile de faire plus stupéfiant. Skin of the Night et Couleurs de Saturday = Youth ont provoqué ce sentiment d'invulnérabilité et de bien-être qu'ont aurait voulu éternel. Pourquoi le concert ne s'est-il pas prolongé sur la nuit entière ? Après avoir sérieusement abîmé une enceinte et la grosse caisse avec sa guitare, Anthony est parti rejoindre la réalité.
Au milieu de tout ça, il y a eu Midnight City. Une composition aussi douloureuse qu'apaisante, qui parle au corps et à l'esprit, qui fait tantôt sourire tantôt pleurer, mais qui va à chaque fois chercher les émotions les plus enfouies. J'ai cette impression étrange qu'on aurait arraché un morceau caché de moi pour créer cette merveille de sensations, et que je ne pourrai jamais m'en lasser car c'est un peu de mon existence qui se joue entre les notes de musique.


Anthony Gonzalez aime écrire des musiques de film ; il a écrit la bande originale de ma vie.

20/12/2011

Battles @ La Machine du Moulin Rouge

Longtemps, je n'ai plus mis les pieds dans une salle de concert, hormis Pleyel. À La Machine du Moulin Rouge le 15 novembre 2011, le trio new-yorkais Battles était programmé. Mais ce à quoi on ne pense plus quand on fréquente des endroits pour les vieux qui veulent être au lit à 22 h 30, c'est que, dans les lieux branchés, le concert commence à cette heure-là ; deux heures après l'ouverture des portes.

Battles, composé du guitariste et claviériste Ian Williams, du bassiste Dave Konopka et de l’incroyable batteur John Stanier, a un avantage de taille, qui fait oublier l'heure relativement tardive : son inventivité. Les morceaux recherchés et peu accessibles rassemblent un public de connaisseurs, avide de sensations musicales complexes. Par conséquent, aucun élément perturbateur (groupies ou hipsters) n'est venu gâcher la performance du groupe. Bien sûr, il y a ceux qui ont connu Battles avec le nouvel album, Gloss Drop, et/ou par l'excellent clip de My Machines. Ceux-là ont dû être ravis par la setlist. Mais il y a aussi ceux qui ont connu le groupe quand Tyondai Braxton était encore là. Force est de constater que le musicien apportait quelque chose de plus au travail de composition. Ce n'est pas un hasard si le moment le plus intense de la soirée a été l'interprétation de Atlas, issu du premier véritable album de Battles, Mirrored.
En live, Battles, c'est encore plus bordélique que la version studio. Et si on ne connaît pas le groupe, on peut aisément décrocher, ou même ne jamais entrer dans ce délire expérimental. D'autant qu'au début, le son était trop fort, et les basses trop présentes masquaient les subtilités des phrases musicales. Le bûcheron cogneur aux baguettes souvent tenues à l'envers qui s'excite derrière les fûts, le charleston et la haute cymbale, c'est John Stanier, un grand malade qui allie technique et groove, qui fait s'exprimer son instrument comme personne et qui sublime la puissance des morceaux du groupe. Heureusement qu'il est là, car c'est lui qui donne un sens à l'ensemble. Les deux autres musiciens sont talentueux, mais c'est Stanier qui attire tous les regards et fait bouger les corps.
Les membres de Battles ont trouvé un autre moyen de faire parler les notes de musique avec leur math rock ; l'ensemble peut sembler cacophonique, mais il se cache derrière cet apparent désordre une véritable logique. Quant à leur attitude sur scène, c'est l'inverse : elle est très simple. Même s'ils ne sont pas à l'aise dans l'échange verbal, ils mettent du cœur à l'ouvrage et sont heureux d'être à Paris. Après une heure de concert et une révérence de Konopka, le groupe ne s'est pas fait désirer pour le rappel uniquement constitué de Sundome, en version épique de vingt minutes ! En conclusion, mis à part l'inutilité des vidéos (souvent mal synchronisées) qui passaient pendant certaines chansons, le son un peu fort et quelques moments d'impatience à attendre l'intervention de John, on a passé une bonne soirée en compagnie de Battles.

Une performance cependant pas inoubliable.

17/12/2011

Inni - Sigur Rós @ La Géode

Un chef-d'œuvre pour fêter la deuxième année de Curse of the Ninth Symphony.

Le 28 novembre 2009, lors de la soirée "Le cinéma de Sigur Rós" à Paris, une première version de Svefn-g-englar provenant de ce qui serait Inni a été diffusée. Il a fallu attendre le 12 novembre 2011 pour assister, à La Géode, à la projection intégrale de ce film musical sublime comprenant des versions magnifiques de Ný batterí, Svefn-g-englar, Fljótavík, Inní mér syngur vitleysingur, Sæglópur, Festival, E-bow, Popplagið et Lúppulagið, entrecoupées d'images d'archive faisant prendre conscience de l'évolution de Sigur Rós.

Inni regroupe les deux concerts de Sigur Rós à l'Alexandra Palace de Londres en 2008. Pour rendre visible l'intensité de la musique du groupe, Vincent Morisset, le réalisateur, a filmé sur pellicule 16 mm les enregistrements vidéo numériques originaux, et les a filmés à nouveau à travers des prismes ou autres objets trouvés. Ainsi, contrairement à Heima ("maison" en islandais), le premier film sur Sigur Rós qui dévoilait leur incroyable tournée en Islande, chez eux donc, Inni ("à l'intérieur" en islandais) montre l'intimité violente d'un live puissant. Le spectateur peut ainsi profiter des subtilités qui font de la musique de Sigur Rós l'expérience sensorielle ultime.
La musique de Sigur Ros fait frissonner la moindre parcelle de peau ; elle fait le lien entre le cœur et le corps ; elle rythme la respiration ; elle fait vivre. S'il on faisait un classement des meilleurs groupes de l'histoire de la musique, Sigur Rós devrait non pas être premier mais hors catégorie, parce que ses quatre membres font plus que de la musique. Ils parlent aux petites filles et aux petits garçons cachés à l'intérieur de chacun, ceux que l'on croit mort mais qui sont seulement meurtris ; ils les font se manifester pour les apaiser, dans les larmes souvent.
Sigur Rós, sans le savoir, offre à l'humanité un aperçu de la perfection. Et c'est saisissant parce que ça détruit quelque chose en même temps que ça en fait naître une autre au plus profond de l'âme. Pour les plus sensibles, attention aux ravages que peut faire l'enchaînement Fljótavík/Inní mér syngur vitleysingur/Sæglópur/Festival dans Inni. Et pour ceux qui pensent que l'énergie, la sincérité, la pureté, la grâce et la magie s'estompent, on est allé, pour leur prouver que non, à la deuxième projection du film à La Géode le 24 novembre et à celle que proposait le centre culturel Commune Image le 20 novembre, lors de la Journée Air d'Islande.

Divin.


Jónsi @ Bataclan

27/11/2011

L'intégrale des symphonies de Beethoven @ Salle Pleyel

Fin octobre 2011, le Gewandhausorchester Leipzig, dirigé par le grand Riccardo Chailly, proposait l'intégrale des symphonies de Beethoven à la Salle Pleyel. Un rêve. La beauté de ces partitions méritant un respect et un silence absolus, on aurait apprécié l'absence des tousseurs et gigoteurs. Une plaie. Hormis ces parasites, l'expérience a été des plus incroyables. En plus des neuf symphonies, cinq créations contemporaines commandées pour l'occasion ont été interprétées ; toutes véhiculaient une ambiance cinématographique plus ou moins tendue, intrigante, angoissante. Mais à côté des compositions du maître allemand, elles étaient plutôt faibles. Une évidence.


Samedi 22 octobre

Deuxième
Introduction lente, thèmes légers et finale puissant... C'est les larmes aux yeux qu'on se demande comment un membre de l'espèce humaine a pu créé un jour quelque chose d'aussi beau en langage musical. Ludwig van Beethoven est un génie qui raconte des histoires avec des notes de musique et guérit les oreilles malades des bruits du quotidien.

Cinquième
Le motif initial de trois brèves suivies d'une longue est célébrissime. Et c'est un bonheur de ressentir ses quatre notes vibrer à l'intérieur du corps. La suite moins connue de cette symphonie intense a malheureusement été jouée de façon légèrement poussive. Était-ce une conséquence de la pression du premier soir ? Les applaudissements se sont malgré tout fait entendre pendant plus de cinq minutes, et les bravos ont fusé.


Dimanche 23 octobre

Première
Quand le premier mouvement fait naître des sensations nouvelles, le deuxième, d'une douceur ravissante, apaise les sens avant que le troisième, court et rapide, confirme ces sensations inédites. Le quatrième mouvement scelle brillamment la symphonie : ses dernières mesures fantastiques appellent des applaudissements immédiats.

Septième
Ambitieux, le premier mouvement de cette symphonie est la preuve que l'on peut mêler grandeur et subtilité. Ensuite, le solennel et mythique deuxième mouvement provoque inévitablement des frissons. Après cette marche lente, les troisième et quatrième mouvements s'unissent dans un rythme entraînant, qui fait bondir de son fauteuil à la dernière note pour remercier chaleureusement l'orchestre et son chef d'avoir offert un si bel après-midi musical.


Samedi 29 octobre

Huitième
D'abord, les notes figurent des papillons virevoltant sur une mélodie joyeuse. Les cordes se font par la suite délicates, d'une grâce légère, laissant progressivement les vents se démarquer. C'est dans le quatrième mouvement que les instruments se marient harmonieusement, percussions comprises. Les applaudissements qui suivent sont sincères mais plutôt brefs.

Troisième
Cette symphonie ne s'appelle pas Eroica pour rien. L'épique premier mouvement foisonne d'idées et multiplie les thèmes. La marche funèbre, noire et grandiose, est rondement menée par les contrebasses. La vitalité revient avec le troisième mouvement, dans lequel les instruments s'appellent et se répondent, jusqu'au finale fougueux, parsemé d'effets de surprise.


Dimanche 30 octobre

Quatrième
Cette pièce contient un premier mouvement fascinant, sombre et ravissant. Et le reste, dynamique et enjoué, est un enchantement pour les oreilles. Alors, pourquoi le public a-t-il si peu applaudi ? Cette symphonie de Beethoven serait-elle sous-estimée parce qu'elle est la seule à avoir fait l'objet d'une commande ? C'est pourtant un régal auditif.

Sixième
La Pastorale est malheureusement trop connue. Le public n'a pas été attentif à la beauté de la Quatrième symphonie parce qu'il attendait la Sixième. Plutôt léger dans l'ensemble (Beethoven ayant écarté le dramatique pour créer un univers bucolique, agréable et sans mystère), cet ouvrage est cependant radieux. Et l'interprétation du Gewandhausorchester Leipzig a été à la hauteur des espérances.


Lundi 31 octobre

Neuvième
Accompagnés du Chœur de Radio France, Riccardo Chailly et son orchestre ont fini la série des symphonies de Beethoven en apothéose. La Symphonie n°9 en ré mineur op. 125 dite Hymne à la joie est un chef-d'œuvre, une merveille purement magique. L’inclusion de voix dans une œuvre symphonique représente un pas sans précédent dans la musique classique, mais surtout, cette Ode à la joie de Schiller mise en musique suscite une immense émotion. Beethoven a synthétisé le travail d'une vie ; impossible de ne pas pleurer devant tant de perfection.


Inoubliable.


Gewandhausorchester Leipzig, dirigé par Riccardo Chailly :
7e symphonie de Antonín Dvořák @ Salle Pleyel

Salle Pleyel :
9e symphonie de Antonín Dvořák @ Salle Pleyel

28/09/2011

Mon Rock en Seine 2011

On reprend Rock en Seine là où on l'a laissé en 2010 : il pleut et il fait froid. Cette année, le site s'est agrandi : une nouvelle scène (Pression Live) accueille des groupes, et pas des moindres ; il faut donc bien programmer ses journées, et courir un peu pour certains, afin de perdre le moins de bonne musique possible. Néanmoins, la programmation n'étant pas des meilleures (personne n'a dit mauvaise), le festival devrait se vivre, dans l'ensemble, plutôt tranquillement.


Vendredi 26 août

Edward Sharpe and the Magnetic Zeros
C'est Edward Sharpe and the Magnetic Zeros qui ouvre le festival. Dix artistes illuminés se sont installés sur la nouvelle scène ; ils livrent généreusement quelques chansons festives, tout en complicité. Le groupe compte deux batteurs, mais pas un de trop. Rien n'est de trop, d'ailleurs, dans le travail de ces musiciens. Détendu, blagueur, un peu fou, le chanteur décide de s'asseoir au bord de la scène le temps d'une ballade, avant de communier joyeusement avec le public et ses amis sur une longue version de Home. Les festivaliers sont enchantés.

Beatmark
Mis à part le fait qu'à la batterie se tient une demoiselle, le groupe n'a rien d'exceptionnel. La musique qui résonne autour de la scène de l'Industrie fait même fuir le public. La chanteuse n'a pas de voix, on n'entend pas bien le chanteur et l'ensemble n'a aucune âme. Autant aller voir l'exposition des photographies de Renaud Monfourny, tomber sur un concert de Game Boy, écouter distraitement Herman Dune qui aurait mérité un rayon de soleil ou les énergiques membres de Funeral Party.

The Kills
Malgré un dernier album décrié, Alison Mosshart et Jamie Hince assurent en live. Et même s'ils ne dégagent plus la même passion qu'avant, le son reste sale et profond. En bref, ça sonne. La voix de Hotel est un peu en retrait, mais sa guitare cinglante donne toute sa puissance. Quant à VV, elle est tout simplement envoûtante dès son apparition sur scène. Et le charme opère pendant tout le concert, soutenu par une voix délicieusement rock. VV est fascinante, et rien que pour cela, on irait presque revoir The Kills à l'Olympia.

General Elektriks
À peine le temps de profiter de la belle ambiance que General Elektriks a créé sur la scène de la Cascade que les premières notes des Foo Fighters se font entendre. On reste cependant pour assister au final sur une version déchaînée du très bon Tu m'intrigues et un solo de batterie, mais Rope résonne maintenant au loin, alors on se précipite vers la Grande Scène.

Foo Fighters
Il est toujours difficile de mettre des mots sur une situation surprenante. Évidemment qu'on s'attendait à une performance énorme de la part des Foo Fighters. Évidemment qu'on savait que Dave Grohl allait faire des blagues. Évidemment qu'on espérait qu'il prenne autant son pied au chant et à la guitare cette année qu'en 2009 à la batterie avec Les Petits Pois (Them Crooked Vultures). Mais là... Entre quelques notes de Whole Lotta Love de Led Zeppelin, des délires de gamins (pet avec la bouche, crachat après l'avoir introduit par un noble "ladies and gentlemen"...), rires, hurlements, chuchotements, battle de guitares se terminant par des jets violents d'instruments, présentation approximative de musicien ("What a man what a man on the drum : the drummer !"), descente de bières, etc., les Foo Fighters ont proposé une playlist interminable : Bridge Burning, Rope, The Pretender, My Hero, Learn to Fly, White Limo, Arlandria, Breakout, Cold Day in the Sun, Long Road to Ruin, Stacked Actors, Walk, Monkey Wrench, Let it Die, These Days, Best of You, Times Like These, Young Man Blues (Mose Allison cover), All My Life et Everlong, quelques fois ponctuée de solos impressionnants de batterie et de guitare. Dave Grohl avait prévenu le public de Rock en Seine : le groupe allait jouer autant de "fucking songs" qu'il le pouvait. Les Foo ont largement dépassé le temps qui leur était réservé : ils n'étaient pas "ready to go home", et personne ne s'en est plaint ! On aurait dit un concert de clôture de festival, alors on a fait l'impasse sur Yuksek (comment quitter Dave dans ces conditions ?). Musicalement, on aurait presque envie de ne rien dire, tant la qualité de ces musiciens est époustouflante. Ils passent de la bêtise au professionnalisme avec une aisance rare. Tous. Une seule question demeure : pourquoi n'ont-ils pas enregistré le dernier album, Wasting Light, en live ? Ils ont fait sonner leurs nouvelles compositions de telle sorte que l'on regrette amèrement la production trop propre réalisée en studio. Ce soir du 26 août 2011, c'était rock ; c'était maîtrisé en même temps que crade et puissant. Et ça fait du bien d'entendre un peu (plus de deux heures, quand même) de musique vigoureuse délivrée par un groupe capable de donner un sens et une âme à ces bruits.


Samedi 27 août

The Streets
On a manqué Polock, on s'est posé dans l'herbe, puis il y a eu la pluie et les BB Brunes de très loin. Et on se demande encore si c'est l'humidité et le froid qui donnaient des convulsions... Heureusement, Mike Skinner, accompagné de ses musiciens, a réchauffé la foule de la Grande Scène. Et les minettes présentes pour Interpol, incapables d'apprécier la bonne musique si ce n'est pas leur style, se sont ensuite régalées à dévorer des yeux le torse nu du chanteur. The Streets, qui avait remplacé Amy Winehouse il y a quelques années et qui remplace Q-Tip cette fois-ci, a mis une ambiance incroyable pour son tout dernier concert en France. Mike, avec son accent anglais charmant, son flow entraînant et son énergie intarissable, a rendu hommage a Amy Winehouse, s'est jeté dans la fosse et a fait participer le public qui s'est accroupi pour se relever en même temps et sauter en rythme avant de réalisé un circle pit. Une performance chaleureuse et réjouissante, qui a même fait naître un rayon de soleil à travers les nuages.

Interpol
Paul Banks a la classe, toujours. Vêtu de noir et de Wayfarer, il a envoûté... eh non. Si l'on veut poursuivre et parler musique, on risque de dire du mal d'un groupe pourtant efficace sur album (hormis le dernier, décevant). Seuls les fans hardcore ont pu apprécier la prestation plus que sobre du groupe. Interpol n'est peut-être pas fait pour les festivals, surtout en plein après-midi après la tornade Skinner... On ne passera pas Obstacle 1. Aucun regret à se diriger progressivement vers la scène Pression Live, afin de ne pas entacher le souvenir du concert de 2007 au Zénith de Paris.

Wu Lyf
Le concert de Wu Lyf n'a pas encore commencé et le parterre faisant face à la scène est déjà rempli. On peut néanmoins se faufiler et trouver une petite place dans les premiers rangs, pour vivre pleinement l'expérience live tant attendue, le premier album, Go Tell Fire to the Mountain, étant très prometteur. Après le baptême viennent la communion et la confirmation. La prestation de Wu Lyf a fait voyager l'esprit et transpirer les corps. Certains festivaliers ont été transcendés et ont intensément demandé un rappel. Wu Lyf n'est pas revenu, mais n'a pas déçu. On espère que ça durera !

Arctic Monkeys
Une foule compacte assiste au concert de Arctic Monkeys. Et pour cause : les Anglais (après les Américains d'hier soir) rappellent (eux aussi) à tout le monde ce qu'est le rock. Côté technique, le son et la voix sont clairs, la batterie est mise en avant ; et côté composition, le rock garage brut des premiers albums s'est enrichi de nouvelles influences (merci Josh Homme). La fougue du groupe est toujours là, et le charisme l'a rejoint. Le talentueux leader, Alex Turner (qui a récemment composé la bande originale de Submarine), ose même l'humour en présentant la chanson Ne t'assoie pas j'ai bougé la chaise, et en reprenant cette traduction pendant le morceau. Ou comment charmer les Français(es)... Les Arctic Monkeys se sont permis un rappel, et Alex a eu l'élégance de remémorer à tous que son ami Miles Kane jouait le lendemain. On aurait aimé une surprise les réunissant sur scène, il en a été autrement et personne ne râle. 

Étienne de Crécy
Même si la fatigue se fait sentir, on ne peut s'empêcher de faire un arrêt à la scène de la Cascade. Dans son cube, Étienne de Crécy s'est probablement produit longtemps devant les festivaliers les plus tenaces, mais trente-cinq minutes ont suffi pour exhumer un souvenir de 2007 au Château de Versailles : il n'a pas changé et fait toujours partie des très bons du monde de l'électro. On s'éloigne peu à peu du site, mais une nouvelle escale s'impose : depuis le pont de Saint-Cloud, on entend Let's Dance to Joy Division de The Wombats. D'autres souvenirs remontent. Sourire.


Dimanche 28 août

The Vaccines
Le programme de la journée est bien plus chargé que celui d'hier. Et ça commence à 15 heures sur la Grande Scène avec The Vaccines. On avait découvert ces petits Anglais à La Flèche d'or le 17 décembre 2010, et on attendait d'en voir plus (comme Dave Pen d'Archive sur le côté de la scène !). Après ce Rock en Seine, on ne les suivra plus de si près. Leur fraîcheur a vite périmée. Même si la voix du chanteur est revenue (le concert était menacé parce qu'il était malade) et que le guitariste s'est motivé à descendre de scène pour aller saluer son public, le bassiste est toujours aussi lisse et le batteur presque absent. Le groupe n'a qu'un album et ses chansons sont courtes : il a donc joué seulement trente-cinq minutes, mais finalement, c'est mieux comme ça. Car en plus d'un manque total d'émotion, le son était mal réglé, notamment les aigus déchirant les oreilles.

Cat's Eyes
Les problèmes de son continuent de sévir. Sur la scène Pression Live, après les larsen, c'est le volume qui gâche la magie musicale de Cat's Eyes. Les guitares sont bien trop mises en avant et désavantagent cruellement les voix. Une solution vient à l'esprit : s'éloigner le plus possible. Une fois installé derrière, c'est effectivement mieux, mais les basses vrombissent toujours dans la poitrine. Le seul moment de grâce vient avec la douce The Lull, magnifiquement interprétée par Faris Badwan et Rachel Zeffira.

Simple Plan
On revient aux abords de la Grande Scène pour la petite blague de la journée : la présence de Simple Plan. Après les groupes The Offspring en 2009 et Blink-182 en 2010, on avait parié sur Good Charlotte ou Sum 41 pour l'édition 2011. C'est Simple Plan qui a été choisi pour rappeler leur adolescence à certains festivaliers. Même si l'on n'aime pas la musique du groupe et que le mauvais réglage du son pousse à mettre des bouchons d'oreilles, force est de constater que ces Québécois ont envie de communiquer leur joie de vivre et vont jusqu'à reprendre Fuck U de Cee Lo Green, une chanson de Taio Cruz et Raise Your Glass de Pink pour contenter un maximum de personnes. L'ensemble est kitsch, racoleur, commercial, mais c'est drôle (le chanteur porte paradoxalement un tee-shirt de l'édition japonaise du Unknown Pleasures de Joy Division) parce qu'il n'y a aucune mauvaise intention derrière. D'ailleurs, au-delà du plaisir "intense" (les initiés comprendront) d'entendre parler français avec l'accent québécois, on ne peut s'empêcher de reprendre quelques paroles de Welcome to My Life... Honte avouée à moitié pardonnée ?

Cherri bomb
Une honte vite digérée quand on assiste à celle de Cherri Bomb sur la scène Pression Live. Les quatre jeunes filles chantent et jouent faux à quatre-vingt-quinze pour cent du temps. C'est un supplice pour les oreilles. Et en plus, elles ont osé massacrer The Pretender des Foo Fighters. Il faut fuir pour ne pas sombrer dans une dépression musicale.

Miles Kane
L'un des meilleurs concerts du festival arrive à point nommé, mais aurait mérité un espace plus grand que la scène de l'Industrie. Le sauveur s'appelle Miles Kane, il est souriant, détendu, content d'être là, investi, et joue les morceaux de son excellent premier album, Colour of the Trap, avec autant de classe qu'un miniBeatles. Ce qu'on avait écrit de lui après son passage à l'Album de la Semaine le 29 mars 2011 est toujours vrai. Et on a hâte de le revoir et de le réécouter, encore et encore.

The Horrors
Faris Badwan est de retour avec son groupe The Horrors sur la scène Pression Live. Il semble que la prestation avec son side project Cat's Eyes ait servi de test son... Puissantes sans être désagréables, les guitares saturées se mêlent aux nappes atmosphériques échappées des claviers. Un moment planant à passer assis ou allongé dans l'herbe.

Deftones
Doucement, on retourne vers la Grande Scène pour apprécier quelques chansons de Deftones. Le son est bon, il y a une bonne ambiance, et Chino Moreno, tantôt hurlant, tantôt chantant, ravit ses fans. Il faut pourtant repartir en direction de la scène Pression Live...

Trentemøller
Bien que son concert au Bataclan le 18 octobre 2010 ait laissé une impression mitigée, il fallait aller revoir Trentemøller. Mais le même reproche survient : de sa voix trop forte, la chanteuse casse l'ambiance trippante développée par le DJ et ses musiciens. Après une hallucinante version post-rock de Miss You (une tuerie) et l'enchaînement avec Take Me into Your Skin, on préfère rejoindre la Grande scène pour le concert de clôture.

Archive
C'est dans la même configuration qu'au Grand Rex en avril 2011 qu'Archive se présente à Rock en Seine : avec un orchestre symphonique qui donne une dimension particulière au rock progressif/trip-hop du groupe, mais qui ne s'est pas beaucoup fait entendre. Le show est davantage en place et le choix de setlist est presque parfait : Controlling Crowd, Fuck U avec une diffusion du son précise, You Make Me Feel et Sane ; ils ont joué System, Lines, Pills (version très rock) et Bullets un peu plus tard ; et Dangervisit a violemment pris aux tripes avant un final sur une version longue de Again. Le public s'est dispersé tout au long de la performance, mais celle-ci n'en a pas été affectée. Archive a, dans le froid, prouvé encore une fois que c'était un groupe de grands musiciens.


Bilan : l'édition 2011 de Rock en Seine n'a pas été si mauvaise. L'ensemble n'a définitivement pas été inoubliable, mais on demeure curieux de ce que les organisateurs réservent aux festivaliers pour les dix ans du festival l'année prochaine.

11/08/2011

Barði Jóhannsson @ Cité de la musique, Days Off 2011

En ce 10 juillet 2011, jour de clôture du festival Days Off, l'Islande était à l'honneur. Les représentants : Barði Jóhannsson, compositeur éclairé (allumé ?) échappé de son groupe Gang Bang, et Ourlives, quintette diffusant une pop-folk intimiste et mélodieuse. Une aubaine. Les Islandais ont enchanté les quelques personnes présentes dans l'amphithéâtre de la Cité de la musique ; il restait une centaine de places sur deux cent cinquante. Les absents peuvent regretter.

Ourlives
Un groupe, sept chansons (dont une nouvelle), quelques émotions... Ourlives est une jolie découverte. D'abord seul sur une chaise avec sa guitare acoustique, le chanteur est rejoint par des musiciens s'installant discrètement. Malgré la présence d'un batteur assénant des coups trop puissants sur ses fûts et cymbales, on réussit à capter la sensibilité des compositions à travers les autres instruments : clavier, basse, guitare et voix pleine de douceur sans être fragile. Ils terminent leur set debout, communiant dans un final instrumental déchirant. Il fait froid dans la salle, mais ce sont bien les mélodies et l'ambiance islandaises qui donnent des frissons. Les applaudissements incessants ne ramènent le groupe sur scène que pour un salut timide, mais on se fera un plaisir de retourner les voir s'ils reviennent à Paris.

Barði Jóhannsson
À l'instar du groupe Sigur Rós, Barði Jóhannsson est un magicien des émotions. Très grand compositeur de musique à l'image, il a réalisé, spécialement pour l'occasion, un court métrage qu'il a mis en musique. Sur scène, derrière ses machines, il est accompagné d'un quatuor à cordes atypique. Malheureusement, le film est loin d'être fascinant. Diffusé en quatre tiers et en noir et blanc, il n'apporte rien d'intéressant : une jeune fille, dont les long cheveux cachent son visage, erre. On préfère se concentrer sur la musique et l'exécution des violonistes et de la violoncelliste.
Une expérience un peu frustrante, donc, qui laisse place à des compositions tirées de l'album Arp : Museum of the Sea, mêlées à de nouvelles, nées quelques jours plus tôt à Paris et nommées en fonction de la date et du lieu de création. 
Barði est un homme étonnant, qui semble débarquer d'une autre planète. Ses interventions sont aussi drôles que décalées. Et sa musique, planante, travaillant les variations et trouvant son climax en fin de concert, est d'une complexe beauté. Si l'on pouvait être perdu dans une tentative de compréhension logique à cet enchaînement, le compositeur donne la clé lors du final, l'ensemble prenant alors tout son sens. Il reviendra, ainsi que le quatuor à cordes, pour un rappel, avant d'adresser un signe rock'n'roll de la main au public en guise d'au revoir.

Un seul souhait en sortant : que Barði Jóhannsson revienne pour un concert à la Salle Pleyel accompagné d'un orchestre complet.


Sigur Rós :
Jónsi @ Bataclan

01/07/2011

30 Seconds to Mars @ Olympia

Après l'intimité du concert privé du 8 juin à La Maroquinerie, on s'attendait à un show plus musical et plus puissant de la part de 30 Seconds to Mars à l'Olympia le 15 juin. On a eu droit à un show tout court (et plutôt court), de la part d'un Jared Leto plus fédérateur que jamais, qui parle plus qu'il ne chante. Mais quand on ne fait pas partie de l'Echelon et qu'on ne voue pas un culte au groupe (quand ce n'est pas au seul chanteur), on se prend à râler en sortant, déçu d'avoir entendu si peu de musique, surtout quand elle est si bonne sur album.

D'abord, CB7 a livré une performance déplorable, qui a pourtant plu au public, mais probablement parce que c'était le choix de 30STM. On se demande comme un groupe si dénué de talent et de sensibilité musicale peut se retrouver sur la scène de l'Olympia, puis on apprend que c'est Shannon Leto qui les produit. Une autre question se pose alors : comment un batteur si bon peut-il adouber des Canadiens si mauvais ?

Les lumières s'éteignent à 21 h 45, se rallument, s'éteignent de nouveau... Quelques problèmes semblent empêcher le lancement du concert. Finalement, Tomo et Shannon font leur apparition sur Escape. La voix de Jared se fait entendre depuis les coulisses, et suite au fameux "This is war" repris en chœur par le public, un tombé de rideau de fond dévoile le symbole du groupe (triade) et son chanteur. On tente alors de profiter de Night of the Hunter et A Beautiful Lie avant de reculer pour échapper aux hystériques des premiers rangs. Et là, en une chanson, on a eu l'énergie qu'on aurait voulu avoir sur l'ensemble du concert : folie des deux côtés de la barrière, échange musical, son rock puissant, frissons... Attack est décidément l'une des meilleures compositions de 30 Seconds to Mars.
Jared continue à donner de la voix sur Search and Destroy mais commence à se reposer sur son public, qui s'occupe de la partie chant de This is War. Les envies révolutionnaires déclenchées par les paroles de ce morceau et les images de guerre et d'injustice qui l'accompagnent comblent cependant la déception de ne pas entendre davantage le chanteur, lequel reprend sa tâche sur 100 Suns et Vox Populi. Malheureusement, un problème technique interrompt cette dernière et plonge la salle dans le noir. Très professionnels, Jared, Shannon et Tomo réussissent à reprendre comme si de rien n'était. Ensuite, c'est au tour de Shannon d'avoir son petit moment de gloire : seul sur scène avec une guitare acoustique, il interprète sa composition, L490 (Equinox). Un moment de calme avant une deuxième partie de concert des plus frustrantes.
Pour la énième fois, Jared fait sa petite blague et chante Alouette, avant de passer un bon quart d'heure à encenser le public français et à annoncer en exclusivité une tournée hexagonale. Il enchaîne avec les acoustiques de From Yesterday, Revenge, un nouveau morceau (probablement une cover) et Hurricane. Quel dommage de ne pas avoir joué ces chansons avec le groupe au complet ! La dynamique n'est plus la même, et on commence à s'énerver de voir que le concert tourne un peu trop autour de Jared. Pour un concert intime, c'est agréable, touchant, spécial ; pour un Olympia, c'est désappointant. D'autant qu'après avoir entamé le rappel par The Kill, en y insufflant une belle chaleur sortie d'on ne sait où, 30 STM retombe dans la promotion avec le single Closer to the Edge (certes bon) et le traditionnel casting pour Kings and Queens... Encore un bon quart d'heure à attendre que les fans hardcore montent sur scène, pendant lequel Tomo et Shannon font patienter le reste du public avec une jam session reprenant quelques notes de Metallica et Pantera. Fin classique et confettis.

On n'ira pas au Zénith de Paris, et si ça continue comme ça, on n'ira plus du tout voir 30 Seconds to Mars sur scène. L'ambiance du live peut dégoûter du groupe alors que les trois albums sont des réussites musicales profondes et pleine d'émotions.

29/06/2011

30 Seconds to Mars @ La Maroquinerie, concert privé

Même si on a déjà sa place pour le concert de 30 Seconds to Mars à l'Olympia le 15 juin, comment s'empêcher d'emmener sa fan de sœur au concert privé du groupe une semaine avant à La Maroquinerie ? Une soirée intime réussie, Jared Leto ayant compris et mis en pratique le concept : des anciennes compositions, des versions acoustiques et beaucoup d'interaction avec son public.

L'entrée de La Maroquinerie est un dépotoir : les fans hardcore ont dormi, mangé, bu, lu et joué là... Quel est l'intérêt d'une attente si longue quand la salle est si petite et qu'en arrivant à l'heure, on peut se placer au milieu, surélevé sur les marches en face de la scène (c'est-à-dire idéalement) ? Mystère. D'autant plus qu'une partie de ces fans passera le concert à parler, à filmer, à pouffer de rire ou à tenter de reprendre le flow de Kanye West sur une version acoustique de Hurricane... Pathétique.
Sans attendre la fin d'une quelconque première partie, le concert commence (après quelques notes de Closer de NIN) de bonne heure et de bonne humeur avec A Beautiful Lie et Attack, deux morceaux de l'excellent deuxième album. D'ailleurs, après avoir interprété son dernier single, Closer to the Edge, le groupe finira parfaitement la soirée par deux autres chansons de ce Beautiful Lie (2005), les entêtantes The Fantasy et The Kill (Bury Me) (impeccable), précédées d'une belle surprise : Battle of One (bonus track), rock'n'roll et sale. Un choix qui montre la volonté de 30 Seconds to Mars de privilégier les demandes du public plutôt que de faire la promotion de son dernier album, le remarquable This is War. Autre exemple : entre Search and Destroy et le merveilleux This is War malheureusement à peine chanté par Jared et suivi de 100 Suns, les quelques cinq cents personnes présentes ont eu la chance d'entendre un medley très appréciable de titres du premier album : Capricorn/Buddha for Mary/Oblivion. Une rareté que l'on ne risque plus d'entendre avant quelques années.
Finalement, la déception de la soirée se trouve peut-être dans le fait que Jared n'ait pas assez chanté et qu'on l'entendait faiblement quand il le faisait. Car, outre le plaisir d'entendre à nouveau A Modern Myth en live (en 2008 au Zénith de Paris, c'était en hommage à l'acteur Heith Ledger récemment décédé et ami proche de Jared), quand on constate la perfection de sa voix sur les versions acoustiques de cette chanson, Alibi (et son touchant trou de mémoire), Hurricane et les versions semi-acoustiques de Night of the Hunter et Kings and Queens, on se dit que les ingénieurs du son pourraient aider le chanteur quand le groupe est au complet et puissant, au lieu de mettre la batterie de Shannon (surdoué des fûts et cymbales) et les guitares en avant.

Une jolie surprise après avoir boycotté Bercy à cause de la mauvaise expérience du Zénith de Paris le 8 février 2008 (30STM n'a pas le public qu'il mérite). Hâte d'être à l'Olympia pour profiter du son acoustique légendaire de cette salle !

27/06/2011

Roger Waters @ Bercy, The Wall Live Tour, 31 mai 2011

Allez voir Roger Waters ou ne pas aller voir Roger Waters en concert ? Une question que l'on peut se poser avant l'événement, mais plus après. Alors, pourquoi avoir hésité ? Parce qu'on aurait voulu voir tous les Pink Floyd sur scène et que ce n'est plus possible (et que ça fait mal). Parce que c'est le Palais omnisport de Paris-Bercy et que l'enceinte n'est pas des plus chaleureuses, le son non plus d'ailleurs. Et parce qu'on a peur d'être déçu par ce qui procure plaisir (aux oreilles et aux yeux) et respect : The Wall. Mais Roger Waters, en plus d'être bassiste et chanteur, est l'auteur-compositeur de la quasi-totalité de ce concept-album mythique. Et, à l'instar de Paul McCartney le 10 décembre 2009 dans cette même salle et Roger Hodgson le 23 mai 2009 à l'Olympia, il a réussi, ce 31 mai 2011, à incarner l'âme de son groupe.

The Wall, c'est l'histoire de Pink, un rockeur qui se construit un mur dans sa tête pour se protéger du monde extérieur. Les vingt-six titres de ce double-album abordent de nombreux thèmes, notamment la peur, le nationalisme, le racisme, les guerres et la religion. Sur scène, le show est resté fidèle à la version originale de la tournée 1980-1981, mais a été adapté à l'actualité, surtout au niveau des images de guerre diffusées sur le mur de dix mètres de haut, que des techniciens érigent tout au long de la soirée. Parmi les animations : photographies poignantes, défilement de phrases écrites en plusieurs langues, vers grouillants, pluie de logos et extraits du film The Wall (1982).
Et le travail visuel ne s'arrête pas là : l'avion qui se fracasse sur le mur à la fin de l'ouverture, In the Flesh (effets pyrotechniques impressionnants inclus) ; les marionnettes géantes (la mère et l'instituteur de Another Brick in the Wall, composition culte) ; les drapeaux aux célèbres marteaux ; l'écran rond en fond de scène et le cochon gonflable noir de Run Like Hell volant au-dessus de la fosse, tout est réuni pour régaler les fans. Et si certains cinquantenaires en gradins se révèlent blasés et déçus (à croire qu'ils sont devenus aveugles et sourds), la minorité de jeunes pas si jeunes (entre 25 et 35 ans) réalise un rêve et mesure sa chance.
The Wall Live, c'est aussi une démonstration de technologie sonore approfondie. Le son des musiciens (dont le très applaudi Snowy White, guitariste présent en 1980) a été idéalement réglé, et les effets sonores spatialisés (légèrement trop forts) ont transcendé le public de Bercy. La réunion du plaisir des yeux et des oreilles s'est faite lors d'un clin d'œil à la tournée de 1981 : Roger Waters a interprété Mother avec lui-même, en chantant par dessus l'enregistrement d'époque (également projeté sur le mur). Un beau moment. Le seul véritable point négatif de la soirée, c'est l'entracte de plus de vingt minutes, justifié par le double album mais terriblement agaçant. Heureusement que Hey You relance la cérémonie floydienne menée de voix de maître par un Roger Waters épatant et heureux.

The Wall, une œuvre définitivement intemporelle.

23/04/2011

Archive @ Grand Rex

Ah, Archive... Une déception au Zénith de Paris le 10 octobre 2009 (son pourri et setlist moyenne), une claque monumentale au Printemps de Bourges de 2010, et... une catastrophe le 5 avril 2011 au Grand Rex, à cause d'un public irrespectueux. Un concert où la délicatesse de l'orchestre n'a eu d'égale que la haine envers des dizaines d'individus méprisables. Et lorsqu'on assiste à ce genre de soirées, difficile de se concentrer sur la musique, et donc de profiter. Pourtant, quand les membres du groupe sortaient devant le Grand Rex alors que les portes n'étaient pas encore ouvertes, le gens étaient calmes et admiratifs. À l'intérieur, ils se sont transformés en sauvages.

Quel est le mal ? En concert, on se déchaîne, non ? On montre au groupe qu'on l'adore ! Certes. Il faut surtout replacer le concert dans son contexte. Archive avait choisi d'être accompagné par un orchestre, Archive avait choisi une petite salle et Archive avait choisi de mettre des sièges dans la fosse. Alors oui, on est en droit de manifester son enthousiasme, mais il y a plusieurs manières de le montrer. S'amasser contre la scène (si haute qu'ils ont dû se faire mal aux cervicales, et tant mieux), c'était irrespectueux ; pour le public assis aux premiers rangs, qui ne voyait plus rien, et pour le groupe, qui ne semblait pas ravi de voir que quelques deux cent personnes (dans les moments les plus denses) se croyaient en boîte de nuit. La faute revient d'abord à l'abruti pitoyable qui avait déjà gâché un moment du mix de Rosko pendant la première partie (que la majorité n'a pas écoutée), à tous les moutons qui l'ont suivi devant la scène, et au vigile inutile qui n'a, comme le précise l'adjectif, rien fait. Cette attitude égoïste et déplacée reflète une incapacité évidente à écouter la musique, à savoir la recevoir.
Et en parlant de musique... Archive, c'est grand. Alors Archive avec un orchestre, on s'attendait à de l'excellence, et c'était loin d'être le cas. Au lieu de travailler à nouveau leurs compositions, ils ont simplement ajouté une donnée. Et ça ne fonctionne pas. Même lorsqu'on réussit à prendre assez de recul, à faire à peu près abstraction et à mettre ses pulsions meurtrières en suspens, la magie n'opère pas. L'orchestre placé derrière fait son travail et le groupe n'entre pas en harmonie avec lui ; les deux entités se répondent sans jamais communier. Le concert avait cependant bien commencé, sur Lights, et les chanteurs et musiciens n'ont rien à se reprocher au niveau technique. Mais il n'y a pas eu mariage, alors le groupe comme l'orchestre se sont mis en retrait, dans la probable et modeste intention de ne pas s'envahir. Ils auraient pu se dépasser eux-mêmes en se nourrissant l'un de l'autre, ils se sont finalement retenus. D'ailleurs, Archive n'a même pas pris le risque d'adapter Fuck U à l'orchestre, une idée pourtant intéressante. Finalement, quand on se dit en plaisantant après Lights : "On a tout vu, on peut partir", on n'a pas forcément tort.

Cet événement aurait néanmoins pu être agréable si l'on n'avait pas assisté à la lutte malsaine d'une partie du public, laquelle semblait jouer à "vous nous faites un show, on vous en fait un aussi". Ridicule. Non, la générosité et la reconnaissance ne s'expriment pas que dans les hurlements, la transpiration et les sauts.

La setlist :
1. Lights
2. You Make Me Feel
3. Headlights
4. The Feeling of Losing Everything 
5. Blood in Numbers
6. To the End 
7. Organ Song
8. Finding it so Hard
9. I Will Fade
10. Collapse/Collide
11. Words on Signs
12. Slowing
13. Fold
14. Black
15. Pictures
16. Bullets

Encore :
17. Dangervisit
18. Again
19. Controlling Crowds

19/04/2011

The Crying Machine @ MJC d'Évry

Dans la musique, il y a les monstres intouchables, la soupe commerciale et les talents cachés. Il n'y a pas que ça, et catégoriser est souvent réducteurs, mais The Crying Machine fait clairement partie de ceux qui connaissent la musique, qui la travaillent, qui la ressentent et qui la font s'exprimer. Et il y en a peu.

The Crying Machine jouait à la MJC d'Évry le 1er avril ; et nul besoin d'un Olympia pour savoir que ce trio a un énorme potentiel. Quand la musique transpire comme ça, même devant un public assis et réservé, ça augure d'un bel avenir. Certes, il y a quelques imperfections dans le jeu, mais l'envie et la qualité étant présentes, impossible de ne pas entrer dans cet univers ayant digéré les influences des années 1970.
Le set oscille entre mélodies planantes et riffs bien sentis allant jusqu'à l'improvisation dans le final. Et même si tout le monde peut être sensible à l'intensité que cette musique délivre, lorsqu'on porte attention à la composition et à la dynamique, on découvre une complexité intéressante, qui donne naissance à ce que l'on pourrait appelé le post-blues.

Un premier EP, "The Riverside", sort bientôt, mais on attend surtout l'album, un format sur lequel le groupe devrait pourvoir s'exprimer en profondeur.

La setlist :
1. Jamming at Sunshine
2. Sorceress
3. God Bless the Pig
4. Lovethings
5. The Riverside
6. Thousand Names of God
7. Rock Me

Myspace

12/04/2011

Miles Kane : la gloire en solo ?

Un an que je n'avais pas mis les pieds dans les studios de l'Album de la Semaine, faute de programmation alléchante. Et la dernière fois, c'était la décevante prestation de Fanfarlo. Une chance que le leader de feu The Rascals et deuxième moitié de Last Shadow Puppets (avec son ami Alex Turner des Arctic Monkeys) y ait été invité le 29 mars 2011.

En digne admirateur des Beatles, Miles Kane allie rock et pop, sans aucun artifice commercial. Et l'inspiration n'est pas que musicale : le look de ce jeune Anglais de 25 ans rappelle celui des rockeurs des années 1960, coupe de cheveux incluse. Néanmoins, Miles possède une véritable identité. Il a simplement digéré ses influences pour créer son propre univers : sain, réfléchi et travaillé.
Les titres s'enchaînent et ne se ressemblent pas, mais répondent à un souci d'homogénéité remarquable. La médiocrité se répandant de plus en plus de nos jours, on est heureux d'entendre une voix maîtrisée mêlée à un jeu de guitare assuré ; malgré un mauvais réglage de la basse de son partenaire. Certes, les musiciens qui l'accompagnent ont un bon niveau, mais c'est Miles, généreux et souriant, qui attire les regards. Il remercie sincèrement le public (chose pas si courante sur le plateau de l'Album de la Semaine), mais ne revient pas après sa sortie de scène.

Miles Kane est un chanteur-guitariste talentueux, et son aventure en solo augure d'excellentes productions.

La setlist :
1. Better Left Invisible
2. Rearrange
3. My Fantasy
4. Kingcrawler
5. Quicksand
6. Telepathy
7. Come Closer
8. Inhaler

Site
Myspace

07/04/2011

White Lies @ La Cigale

Quand on va voir un concert seul, on peut toujours espérer être bien placé, sans être obligé de patienter des heures avant l'ouverture des portes. Pour le concert des White Lies à La Cigale le 22 mars, le placement était libre. Une question se pose donc : debout autour de la fosse pour avoir une vue d'ensemble ou assis mais en hauteur ? J'ai déjà vu le groupe de très près : dans une petite salle à moitié vide en 2009 à Montréal, à l'Élysée Montmartre en novembre de la même année, à la barrière du Stade de France en première partie de Muse et à La Flèche d'Or en décembre dernier. Un fauteuil au balcon semble donc être un bon choix, et une place au milieu du premier rang, en face de la scène, est vacant. Qui dit mieux ?

Et lorsqu'on subit une première partie, on est content de pouvoir se lover dans son siège. Crocodiles : quintette bruitiste presque inintéressant. Et les jeux de lumières aveuglants n'arrangent rien. Les yeux sont baissés par nécessité, mais cela leur évite de regarder le chanteur se donner un style : lunettes de soleil, jean slim et attitude pseudo punk superficielle. Une blague (un affront au punk-rock sincère ?) à lui tout seul. Musicalement, c'est énergique, mais ça ne transmet rien. On s'ennuie donc très vite.

Pour écrire sur la musique, autant passer à Whites Lies. Le trio (quintette en live) a délivré une belle prestation, saine, sereine et maîtrisée. Cependant, si Harry, Jack et Charles ont été généreux dans leur interprétation, on peut légitimement leur reprocher une si courte setlist. Quatorze chansons alors qu'ils ont maintenant deux albums et des bonus tracks, c'est un peu juste. Heureux comme ils l'étaient d'être à Paris, ils auraient pu se lâcher davantage et offrir quelques chansons de plus, comme The Price of Love, From the Stars et Taxidermy. Quant à la déception de la soirée, c'est l'absence regrettable de Turn the Bells, l'une des meilleures compositions de "Ritual".
Comme d'habitude, ils commencent par A Place to Hide et fédèrent la foule, enthousiaste dès leur arrivée. Ensuite, Holy Ghost rappelle d'entrée que White Lies a évolué vers une musique teintée de sonorités eighties. Les synthétiseurs se font entendre, mais la mélodie et le refrain efficace convainquent ; on se laisse de plus emporter par la qualité technique des trois Anglais. Inutile de cacher qu'on aimerait réentendre Harry sur toutes les parties de guitare et voir Charles alterner entre basse et synthé, mais les premiers temps sont loin. Il n'y a guère que Jack qui n'a pas changé de jeu, toujours énergique, constant et subtile derrière ses cymbales et ses fûts.
Le nouveau single, Strangers, joué entre les grandioses To Lose My Life et E.S.T. fait un peu pâle figure, mais les refrains et une belle ambiance sauvent le moment. Et même si Is Love et Streetlights ne peuvent rivaliser avec la profondeur du son et des paroles de E.S.T., on y trouve quelques riffs et mélodies réussis, qui dépassent les versions studio légèrement artificielles. Encore une fois, on est loin de l'impressionnant "To Lose My Life" (l'un des 10 meilleurs albums de 2009), en atteste la chanson qui suit : Farewell to the Fairground.
C'est malheureux à écrire, car "Ritual" n'est pas à comparer, mais on entend la différence quand ils enchaînent avec Peace & Quiet et Bad Love. La voix est puissante et touchante, il y a des choses intéressantes, mais le groupe a compris que c'était leur premier album qui ne contenait que des pépites et terminent assez logiquement par Death. Sous les acclamations, Harry, Jack, Charles et leurs deux autres musiciens quittent la scène étonnés et ravis.
Ils reviennent pour un rappel assez classique et prudent : la poignante et merveilleuse Unfinished Business, l'entêtante The Power & The Glory, et le premier single de "Ritual", Bigger Than Us, qui achève de convaincre le public que White Lies est autant un groupe de studio que de live. Ils sont objectivement excellents et on ne regrette pas d'avoir manqué les Kills à La Flèche d'Or. Sur le chemin du retour, quelques notes se jouent dans ma tête et se font la bande originale d'un spectacle désolant : un incendie a dévasté l'Élysée Montmartre ce matin, les odeurs de brûlé persistent et quelques pompiers sont toujours sur place.

En novembre 2009, White Lies se produisait à l'Élysée Montmartre ; les souvenirs remontent et se mêlent aux nouveaux. Le point commun : une sensation de soulagement à une époque où la médiocrité musicale se répand.

29/03/2011

The Black Keys @ Olympia

La musique. Celle qui insuffle la vie. Celle qui réveille et qui emmène ailleurs. Celle qui déchire le cœur, qui attaque le ventre, qui noue la gorge, qui mouille les yeux. Celle qui effleure la peau mais qui marque. Celle qui électrise, qui bouleverse et qui transcende. Celle qui excite les sens. Celle qui fait inlassablement bouger, celle qui enflamme les esprits. Celle qui fait frissonner, vibrer. Celle qui parle au corps et en prend possession. Celle qui dérègle la respiration. Celle qui vient des tripes, qui transpire, qui saigne. Celle qui est sale tout en restant saine. Celle qui explose et qui dévaste. Celle qui fait presque mal tellement c'est bon. Celle qui rugit, qui vit et qui se vit. Celle qui expérimente et qui crée. Celle qui surprend. Celle qui prend tout son sens et offre toute son énergie en live. Celle qui redonne espoir. Celle qui honore ses créateurs de génie. Celle qui console de n'avoir jamais vu Led Zeppelin sur scène. Celle qui fait pleurer. Celle qui... Celle qui, tout simplement, fait vivre.

Ça s'est passé le 15 mars 2011 à l'Olympia, et ça a duré un peu plus d'une heure. C'était précédé d'une première partie assurée par Romain, homme-orchestre de Birds Are Alive, honnête joueur de blues habitué des PMU.

Les deux hommes qui donnent naissance à cette musique du diable profondément intense s'appellent Dan Auerbach et Patrick Carney, plus connus sous le nom de The Black Keys.

La setlist :
1. Thickfreakness
2. Girl is on My Mind
3. The Breaks 
4. Stack Shot Billy
5. Busted
6. Act Nice and Gentle (The Kinks cover)
7. Everlasting Light
8. Next Girl
9. Chop and Change
10. Howlin' for You
11. Tighten up
12. She's Long Gone
13. Ten Cent Pistol

Encore :
14. I'll Be Your Man
15. Strange Times
16. I Got Mine

17/03/2011

7e symphonie de Antonín Dvořák @ Salle Pleyel

Après une représentation de la 9e symphonie de Dvořák à la Salle Pleyel le 14 janvier 2011, c'est au tour d'une autre de ses symphonies de se faire entendre. Le lundi 8 février 2011, la 7e symphonie était interprétée par le Gewandhausorchester Leipzig (l'un des orchestres les plus anciens du monde, en activité), dirigé par le passionné et brillantissime Riccardo Chailly. Cette soirée était dédiée au compositeur tchèque puisque Carnaval et le Concerto pour violon étaient également programmés.

Carnaval
Une ouverture dynamique, exaltée et joyeuse, procurant de nombreux frissons, de la première à la dernière note. Une petite dizaine de minutes parfaites pour réveiller ses oreilles, se replonger dans l'univers dvorakien et laisser naître un sourire de plaisir au coin des lèvres et dans les yeux. La finesse et la rigueur de l'orchestre combinées à la fièvre du chef sont incontestables. Une merveille.

Concerto pour violon
Il fallait un virtuose de l'instrument pour parvenir à bout de ce Concerto pour violon très technique. En harmonie avec l'orchestre, c'est Leonidas Kavakos, détendu mais concentré, qui a fait preuve d'une maîtrise méticuleuse, toujours en quête de la perfection. Et si l'interprétation est complexe, l'écoute aussi ; dans le sens où il faut s'ouvrir et rester attentif pour accueillir une partition si riche. En bis, le soliste grec a interprété un joli mouvement de sonate de Bach.

7e symphonie
Après l'entracte, c'est l'apothéose. Cette 7e symphonie jouée par cet orchestre dirigé par ce maître de musique, c'est une histoire traditionnelle et fougueuse que l'on pourrait écouter tous les soirs, à en devenir fou. Elle commence par un accord de violoncelles et de contrebasses annonçant un thème sévère, avant que l'orchestre ne s'embrase vivement dans une explosion saisissante. Un premier mouvement qui s'achève dans un long murmure sombre soulignant l'état de l'auditeur, figé par tant d'émotions. Ensuite, le son continue de prendre possession du corps et de frôler la peau en distillant nostalgie, angoisse, nervosité, tourment, beauté, tension et puissance grâce à des sonorités profondes. Elle se termine dans un final hallucinant.
La salle, silencieuse, manifeste alors sa joie par des applaudissements sincères et bruyants ; les mains sont rouges, les "bravo" et "merci" fusent... On voudrait que ça ne s'arrête jamais. Et Riccardo Chailly, qui a lu l'envie dans le vacarme du public, annonce très simplement à ce dernier : "Danse Slave n°2". Dans une ambiance plus joyeuse, on profite alors encore d'un moment dvorakien délicieux. L'enthousiasme est tel que le généreux chef d'orchestre souriant s'adresse une nouvelle fois à la salle : "Danse Slave n°7". Deux rappels, et de cette qualité, c'était inespéré. Tout le monde finit par se lever pour offrir à cet ensemble une ovation méritée.

Une leçon de direction. Divin.

26/01/2011

9e symphonie de Antonín Dvořák @ Salle Pleyel

Vendredi 14 janvier 2011, j'aurais pu aller revoir les Chemical Brothers au Zénith de Paris, me prendre des coups et sauter sur du bon gros son électro ; j'aurais aussi pu découvrir les merveilleux Godspeed You ! Black Emperor en live à la Grande Halle de la Villette, me prendre une claque et entrer en transe post-rock. J'ai choisi d'aller écouter, entre autre, la 9e symphonie de Dvořák, dite "Symphonie du nouveau monde", à la Salle Pleyel.

Je pourrais m'arrêter là. D'abord parce que ça a son charme, le mystère... Mais surtout parce qu'il m'est difficile de mettre des mots sur la musique classique. Pour moi, c'est une histoire de ressenti, et ma connaissance de la musique, dans son sens le plus pur, est lacunaire. Je vais même jusqu'à entendre les mêmes notes dans l'œuvre Fanfare for the Common Man de Aaron Copland, magnifiquement jouée en ouverture de soirée, que dans la partition de Daft Punk pour le film Tron : Legacy. C'est dire si ma critique pourrait être de mauvaise qualité.
Alors, je pourrais écrire sur l'acoustique parfaite de la Salle Pleyel, m'énerver à propos des auditeurs irrespectueux ou m'extasier sur la technique de la violoniste Hilary Hahn, qui interprétait le concerto pour violon de Gian Carlo Menotti en première partie. Mais ça sonnerait faux. Ou plutôt, ça cacherait mes faiblesses. La vérité, c'est que je me suis sentie toute petite, que mes oreilles ont profité de cette histoire musicale en quatre mouvements, et que mes yeux n'ont cessé d'admirer la finesse du toucher et la virtuosité des musiciens de l'Orchestre philharmonique de Radio France.
La musique classique me fascine et m'emporte, et l'expérience du live est vraiment unique. Ce n'était pas ma première fois, mais c'était tout comme. La 9e symphonie de Dvořák est vraiment un chef-d'œuvre ; entre ascension vertigineuse de cordes et intervention de cors tout en puissance, de flûtes et de hautbois délicats, la contradiction des sentiments est palpable.

Cette soirée, sous la direction de l'énergique Pietari Inkinen, a été une réussite musicale et émotionnelle.

31/12/2010

Sélection des 10 meilleurs concerts de 2010

La fréquentation des salles de concert cette année a été moins assidue que l'an dernier, comme annoncé dans la sélection des 10 meilleurs concerts de 2009.
Si l'envie et les émotions se font plus rares, notamment à cause du public, ces dix concerts ont été de véritables moments de bonheur.



Bonus !
Connues ou moins connues, ce sont des valeurs sûres en live.


L'année 2011 ne sera pas plus dédiée aux concerts, voire moins, mais si le cru est de cette qualité, ce sera un plaisir.

22/12/2010

White Lies, I Like Trains & The Vaccines @ La Flèche d'Or, Inrocks Indie Club

Le 17 décembre 2010 à La Flèche d'Or, c'était une soirée de premières fois pour les trois groupes de rock anglais qui jouaient lors de la dernière soirée Inrocks Indie Club de l'année. The Vaccines donnait son premier concert en France, I Like Trains remontait pour la première fois sur scène depuis la guérison de son batteur, et White Lies, trio devenu quintette en live, interprétait ses morceaux dans cette configuration pour la première fois en France.

The Vaccines
Reviendrait-on au rock anglais efficace et sale ? Le groupe inconnu pour la grande majorité du public propose des chansons courtes et immédiates, sans prise de tête ni accoutrements fashion. The Vaccines, c'est un chanteur volontaire, un bassiste amorphe, un guitariste lobotomisé qui scrute le fond de la salle, et un batteur complètement investi, transcendé dès la première chanson comme si c'était la fin du concert, et ce malgré (ou peut-être est-ce la cause d'un tel déchaînement) un état de sobriété douteux. Tout n'est pas excellent, mais c'est une jeune formation à suivre de près, avec, pour commencer, la sortie de leur premier album en mars prochain.

I Like Trains
On reste dans le rock, mais on change radicalement d'ambiance avec I Like Trains. Et hormis quelques quarantenaires (cinquantenaires ?) qui pensent retrouver leur jeunesse dans la bière, et qu'il faut faire taire pour profiter de la musique car ils n'y comprennent rien, une partie de l'audience est polie, l'autre absorbée. Il faut dire que ce groupe post-rock originaire de Leeds impose le respect. Ils transpirent le professionnalisme, ont une attitude posée mais savent se lâcher quand c'est nécessaire. En live, leur musique prend une dimension plus intense, profonde et puissante que sur album, même si la voix reste discrète. Le groupe offre un final impressionnant, progressif et apocalyptique avec un morceau de dix minutes : Spencer Perceval. À revoir sans hésiter pour un concert plus long !

White Lies
En attendant White Lies, on peut se demander pourquoi l'individu qui accorde la guitare de Harry s'y attarde à plusieurs reprises, et surtout, on peut râler sur le changement de setlist effectué à la dernière minute : ils suppriment l'excellente From the Stars pour ajouter une chanson de leur deuxième album prévu pour janvier, Streetlights. Ils auraient franchement pu ajouter la nouvelle sans supprimer l'ancienne...
Quatuor lors de leur prestation en première partie de Muse le 12 juin au Stade de France, WL s'agrandit encore pour former un quintette. Il y a donc certes plus de musiciens, mais ils n'ajoutent rien de plus intéressant que ce que faisait le trio à ses débuts (en 2009 à Montréal, par exemple...). D'ailleurs, même si le groupe est là pour commencer la promotion de Ritual, il s'assure que le public trouve ses repères en ouvrant le concert sur A Place to Hide et en le clôturant sur Death, chansons de leur premier album To Lose My Life. Entre-temps, on chante et on saute sur To Lose My Life, Bigger than Us (le nouveau single), E.S.T. et Unfinished Business, et on découvre Holy Ghost, Peace & Quiet, Strangers et Streetlights. Ces dernières sont malheureusement trop soulignées par des synthétiseurs superflus. Un peu, c'est agréable (notamment sur Bigger than Us), mais la présence des synthés sur toutes les nouvelles chansons, c'est décevant : on tombe dans des répétitions d'ambiances, même si cela reste de bonne qualité.
L'ensemble de la prestation se révèle donc tout de même plus sérieux que leur passage à l'Élysée Montmartre le 28 octobre 2009, l'interprétation des compositions étant plus travaillée, plus sombre, plus juste, comme la voix de Harry. De plus, Charles, le bassiste et compositeur, vit pour sa musique et transmet au public son amour pour elle, et Jack, le batteur, est tout simplement parfait. WL gâche son entrée de rappel avec le son synthétique ruinant la mélodie d'introduction de Farewell to the Fairground, qui se termine toutefois parfaitement. Puis, les Anglais proposent un nouveau morceau prometteur, Power & Glory, avant d'offrir Death à une Flèche d'Or comblée. White Lies est un très grand groupe qui doit confirmer son statut avec son deuxième album prévu pour le 17 janvier. On a hâte d'entendre l'intégralité de Ritual en studio !

La dernière soirée Inrocks Indie Club de l'année était aussi le dernier concert de 2010 pour CotNS. Une soirée bien plus équilibrée que celle des Inrocks Indie Club du 23 juin dernier à La Maroquinerie, avec des performances qui prouvent que l'on peut encore être surpris et touché en live.

22/11/2010

Rodrigo y Gabriela @ Zénith de Paris

Cela fait plusieurs mois que la date de Rodrigo y Gabriela au Zénith de Paris est annoncée et attendue : le 19 novembre 2010. Mais c'est seulement cinq jours avant le concert que j'ai été invitée à y assister par une amie que je remercie encore. Parce qu'après les quelques minutes d'attente pour s'installer au premier rang des gradins, et l'impression d'avoir entendue la première partie pendant des heures, il ne faut qu'une ou deux petites secondes pour entrer dans l'univers de Rodrigo Sánchez et Gabriela Quintero. 


Wallis Bird est une jeune irlandaise qui a la particularité de jouer, en tant que gauchère, sur une guitare de droitier dont les cordes n'ont pas été inversées. Passé ce détail finalement inintéressant, on peut s'attarder sur sa prestation. C'est très simple, cette fille est une catastrophe ambulante. Malgré sa voix parfois atypique sur quelques notes poussées et rugueuses, Wallis Bird est aussi mauvaise que la réaction enthousiaste du public est incompréhensible. Comment une personne aussi dénuée de sensibilité artistique peut se retrouver en première partie de virtuoses comme Rodrigo y Gabriela ? Pourquoi maltraite-t-elle ses guitares ? Oui, "ses", parce qu'elle a quand même réussi en une demi-heure à casser les cordes de deux guitares, avant d'en demander une troisième qu'elle désaccorde tant son jeu est brutal et maladroit, pour finalement ne pas terminer sa dernière chanson. Une performance brouillon pour une gamine amatrice qui a l'insolence de présenter ses compositions comme étant "amazing". Humour ? Moi, une fille aussi irrespectueuse envers la musique, ça ne me fait pas rire. Elle lit sur un papier qu'elle parle français comme une vache espagnole, elle joue surtout comme un pied. Affligeante.

L'amertume s'envole lorsque le duo mexicain entre sur scène pour interpréter la délicate 11:11, leur chanson hommage à Pink Floyd, après avoir eu la classe d'attendre la fin d'un morceau de metal qui passait en musique d'attente. Ils enchaînent avec Hanuman, l'hommage à Carlos Santana, qui terminent de convaincre les plus sceptiques, s'il y en avait. Après ça, ce n'est que du plus, de la gourmandise, du bonheur à l'état pur. Il n'y a pas une seconde, une note de trop. Aujourd'hui, on parle souvent de talent pour n'importe quel groupe, à tort. Pour Rodrigo y Gabriela, on ne peut pas se tromper. Et en plus d'avoir du talent, ils ont la technique. Ils ont même la sérénité et la générosité. Que demander de plus ?
Peut-être que tout le public se taise. Car même si la majorité exprime sa joie de manière convenable (et sait taper en rythme dans ses mains), il en reste toujours certains qui font preuve d'impolitesse et gâchent le concert des autres. Pourquoi les gens parlent-ils pendant les chansons ? Pourquoi ? Et pourquoi un homme derrière moi appelle un copain pour lui rappeler son absence en riant ? Et pourquoi un autre ne cessait-il pas d'avancer vers la scène avec son sac à dos porté au-dessus de la fosse, gênant ainsi la visibilité d'un bon nombre de personnes derrière lui ? Et pourquoi y en a-t-il toujours un, très éméché, pour se croire à la Techno Parade ou à un match de tennis en sifflant des hymnes fédérateurs ou en criant des encouragements inutiles ? Autant de questions qui restent sans réponses.
Du côté des musiciens, si leurs compositions sont instrumentales, cela ne les empêche pas de prendre la parole en anglais, en français et en espagnol (quel plaisir !), quand ils en terminent une. En revanche, si la communication avec le public se transforme en véritable cohésion, le visuel n'apporte pas grand-chose, hormis les images des mains de Rod y Gab sur leurs guitares ou les jeux d'ombre sur la toile blanche installée derrière eux. Mais encore une fois, tant qu'il y a la musique... Dans ce flamenco rock ressortent clairement leurs influences venues du metal (ils ont joué dans un groupe de heavy metal appelé Tierra Acida, anciennement Castflow). D'ailleurs, alors qu'ils avaient livré un concentré de leur don au Printemps de Bourges 2010, ils ont le temps au Zénith d'annoncer la présence d'un invité surprise, un guitariste métalleux : Alex Skolnick, connu pour avoir joué dans le groupe de thrash metal Testament. Ils s'amusent lors d'un petit jeu à trois, se parlant par riffs interposés, puis font une démonstration de leurs capacités, sans prétention aucune.
Enfin, force est de constater que l'harmonie de Rodrigo y Gabriela en duo vient de deux talents incroyables et uniques, qui s'expriment pendant deux moments où chacun offre un solo, seul sur scène. Mais la plus belle magie vient du mariage de la guitare rythmique de Gabriela (a-t-elle une main bionique ?) à la guitare solo de Rodrigo.


Et parce qu'il faut faire le silence en soi pour recevoir une telle musique : comme Rod y Gab, on reste sans voix.