25/12/2011

Noel Gallagher's High Flying Birds @ Casino de Paris

Quand Oasis s'est séparé en 2009 à Rock en Seine, nombre de fans ont juré de boycotter les projets personnels des frères Gallagher. Beaucoup l'ont fait sans mal avec le groupe de Liam, Beady Eye, mais quand Noel a gracieusement sorti ses nouvelles compositions, on est (re)tombé sous le charme. Il était donc inenvisageable de ne pas assister au concert de Noel Gallagher's High Flying Birds au Casino de Paris le 6 décembre 2012.


The Electric Soft Parade
Pendant la première partie plutôt banale pour ne pas dire chiante, le public s'installe progressivement, boit et s'impatiente. Trente-cinq minutes de pop aux mauvaises harmonies vocales et au synthé crispant, c'est long. Le seul élément intéressant, c'était le final instrumental tout en lâcher prise, mais même ça, The Electric Soft Parade n'a pas su le maîtriser, le faisant traîner.
Le son est fort, trop fort. Même quand c'est la musique d'attente qui résonne dans le Casino de Paris. Heureusement que la setlist est bonne (préparée par Noel ?) : Ticket to Ride des Beatles, Deep Blue d'Arcade Fire, Between the Lines de Bonobo feat. Bajka, etc. La musique s'évanouit enfin, en même temps que la lumière s'éteint. Et la foule scande le prénom du demi-dieu tant attendu...

Noel Gallagher
Noel entre sur scène sous de chaleureux applaudissements. L'homme dégage tellement de classe et de grandeur qu'en lançant un simple "Bonsoir !" au public, ce dernier s'enthousiasme déjà. Les High Flying Birds et Noel entament (It's Good) To Be Free, comme un clin d'œil à la nouvelle liberté de Noel sans Oasis, sans son frère si charismatique. Un triomphe d'entrée de set. Après une autre cover d'Oasis, Mucky Fingers, le groupe joue l'une des plus belles compositions de Noel, Everybody's on the Run. La voix est claire, puissante et fait remonter les plus beaux souvenirs qu'on a avec Oasis. On frissonne, on chante ces nouvelles paroles par cœur et on se surprend à avoir les larmes aux yeux, de bonheur.
Après Dream on, les acclamations de la foule survoltée, un petit "It's nice to be back in Paris !", l'oasienne If I Had a Gun..., The Good Rebel, une version très sincère de The Death of You and Me et Freaky Teeth, on se dit que le talentueux Noel s'est entouré d'excellents musiciens. Mais c'est lui que tout le monde est venu voir. Et lui, il sait ce qu'on veut entendre : Wonderwall. Une telle surprise que les larmes coulent discrètement sur certains visages. Il n'y avait que Noel pour offrir une version épurée, sublimée, différente mais toujours aussi magique de ce chef-d'œuvre. L'ovation amène le leader à montrer qu'il n'a pas perdu son humour : "Have u finish ? Can I carry on ?" Et il continue avec Supersonic. Une bombe. 
Quand les musiciens le rejoignent, ils enchaînent (I Wanna Live in a Dream in my) Record Machine, AKA... What a Life !, Talk Tonight (Oasis cover), Soldier Boys and Jesus Freaks, AKA... Broken Arrow, Half the World Away (Oasis cover) et (Stranded on) The Wrong Beach. Et pour terminer cet excellent concert, Noel Gallagher's High Flying Birds joue trois morceaux d'Oasis en rappel : Little by Little, The Importance of Being Idle, et la mythique Don't Look Back in Anger. Car, même si Liam pense que son frère est con, il est très loin de l'être : Noel sait que son public, c'est celui d'Oasis. Le split de 2009 est resté en travers de la gorge des fans. Alors on a tous essayé de le faire sortir en hurlant les paroles des chansons du groupe que Noel joue parfaitement.


C'est bien Noel l'âme d'Oasis, le cinquième Beatles, le génie. Ses compositions sont superbes, et quand on entend Wonderwall et Don't Look Back in Anger, alors qu'on croyait les avoir entendues en live pour la dernière fois en 2008, à Montréal, c'est intense.

24/12/2011

Cendrillon - Rudolf Noureev @ Opéra Bastille

Il était une fois, Cendrillon au pays d'Hollywood. Parce que c'est ainsi que Rudolf Noureev conte l'histoire de Perrault. Sur pointes, évidemment.

Noureev transpose donc son Cendrillon dans le Hollywood des années 1930-1940 ; une version criant son amour pour le septième art. La fée/marraine devient producteur de cinéma (Karl Paquette), Cendrillon déroule un poster du Kid de Chaplin, avant de se lancer dans le célèbre numéro de claquettes de celui-ci, et les décors hollywoodiens sont manifestement inspirés du Metropolis de Fritz Lang. Et au lieu de dire que ce ballet datant de 1986 a mal vieilli, on dira que la touche kitsch qu'il propose impose un retour en enfance pour pouvoir s'en amuser et, le temps de trois actes, oublier que les contes de fée n'existent pas (ce qui est sans doute possible quand une petite fille de quatre ans ne gâche pas le plaisir de dizaines de personnes, avec l'accord de son grand-père peut-être atteint de surdité).
Le jeudi 1er décembre 2011 à l'Opéra Bastille, dans le rôle de l’acteur-vedette, Florian Magnenet a remplacé Nicolas Leriche, ce dernier s'étant blessé durant sa première variation au début du deuxième acte. Florian Magnenet a rejoint sur scène Dorothée Gilbert, légère et douce, qui dansait le rôle de Cendrillon avec une technique irréprochable. Mais si la performance de celle-ci a flirté avec l'excellence, c'est la perfection dans l'imperfection qui a suscité le plus de réactions : Alice Renavand (la sœur en bleu) et Nolwenn Daniel (la sœur en rose), diaboliquement hilarantes, ont donné l'illusion de ne pas savoir danser, notamment durant une amusante leçon de danse à la barre donnée par Alessio Carbone.
Et quand les yeux se portent à 75 % sur les pieds et les jambes de ces danseurs (un régal), les oreilles se délectent à 99 % (le pourcentage restant représentant le bruit des pointes sur la scène) d'une jolie partition de Sergueï Prokofiev humblement interprétée par l'Orchestre de l'Opéra national de Paris dirigé par Fayçal Karoui. C'est de là que sont nés les variations, les pas de deux et les adagios... La musique donne ainsi le ton, sans jamais s'exhiber, parce qu'elle développe quelque chose d'onirique et d'évident quand on connaît l'histoire de Cendrillon.
 
Un ballet drôle et romantique.

23/12/2011

M83 @ Gaîté lyrique

Alors c'est ça l'ivresse musicale. Cet état second que l'on atteint en plein live et qui transporte ailleurs. La transe avait déjà frappé à ma porte, elle l'a fait d'une manière différente cette fois ; plus subtile, plus saine. La musique par laquelle elle est venue, c'est celle d'Anthony Gonzalez, un musicien français plus connu sous le nom de M83. Ça s'est passé le 30 novembre 2011 à la Gaîté lyrique.


En guise d'amuse-bouches, Hannah a joué pendant quarante minutes avec le sourire. Hannah, c'est Emmanuel au chant et à la guitare (acoustique et électrique), Laurent à la batterie et aux chœurs. Leur folk nerveuse est minimaliste mais sophistiquée. Et entre les ballades charmantes et les compositions plus énergiques, ils ont interprété une étonnante reprise de Kiss. Néanmoins, aussi complices soient-ils, ces Niçois ont encore du chemin à faire pour trouver leur identité.

Après des années à écouter la magistrale électro rêveuse de M83 dans mon iPod (et puisque j'avais déjà vu la légende Paul McCartney à Bercy en 2009), je me suis décidée à découvrir l'artiste sur scène. L'angoisse. Savoir qu'une fois l'heure et demie de concert passée, je serai en manque. Et ça s'est déroulé exactement comme je l'avais prévu : de l'intensité, un peu de génie, beaucoup de modestie, des souvenirs merveilleux et l'envie d'aller à La Cigale le 15 mars 2012.
Malgré les problèmes techniques, Anthony Gonzalez et ses musiciens étaient heureux d'être à Paris et ont partagé leur bonheur avec un public conquis. La chanteuse américaine Morgan Kibby a charmé la salle de sa voix époustouflante, le jeune bassiste a impressionné de son aisance, et le batteur, discret, a honoré les compositions incroyablement pures et profondes d'Anthony.
Du parfait dernier double album, Hurry up, We're Dreaming, ils ont joué Intro, les entraînantes Reunion et Claudia Lewis, les survoltées Year One, One UFO et This Bright Flash, l'indescriptible Steve McQueen et la vaporeuse Wait. De son précédent album, Saturday = Youth (2008), on a eu droit à la jolie Kim & Jessie et à une version ambitieuse et transcendante de We Own the Sky. Enfin, de Before The Dawn Heals Us (2005), ce sont l'enchanteresse Teen Angst et la post-rock A Guitar and a Heart qui ont fini de ravir les mélomanes.
Quant au rappel... Difficile de faire plus stupéfiant. Skin of the Night et Couleurs de Saturday = Youth ont provoqué ce sentiment d'invulnérabilité et de bien-être qu'ont aurait voulu éternel. Pourquoi le concert ne s'est-il pas prolongé sur la nuit entière ? Après avoir sérieusement abîmé une enceinte et la grosse caisse avec sa guitare, Anthony est parti rejoindre la réalité.
Au milieu de tout ça, il y a eu Midnight City. Une composition aussi douloureuse qu'apaisante, qui parle au corps et à l'esprit, qui fait tantôt sourire tantôt pleurer, mais qui va à chaque fois chercher les émotions les plus enfouies. J'ai cette impression étrange qu'on aurait arraché un morceau caché de moi pour créer cette merveille de sensations, et que je ne pourrai jamais m'en lasser car c'est un peu de mon existence qui se joue entre les notes de musique.


Anthony Gonzalez aime écrire des musiques de film ; il a écrit la bande originale de ma vie.

22/12/2011

Les Adoptés - Mélanie Laurent


Même les plus fervents détracteurs de Mélanie Laurent ne pourront le nier : elle est une jeune réalisatrice très prometteuse. Son premier film, Les Adoptés, est une jolie réussite. Ses choix cinématographiques sont ceux d'une femme mature, inspirée et appliquée, qui sait à quel moment écouter la petite fille en elle.

Généreuse, Mélanie Laurent offre beaucoup d'émotions, de manière très saine. Le montage est audacieux, l'ambiance lumineuse et grave, les cadrages décalés, l'histoire intime, les acteurs très bons, la partition de Jonathan Morali (Syd Matters) idéale, et l'issue agréablement surprenante de la part de la comédienne/chanteuse, maintenant réalisatrice à la main élégante.
Comme Mélanie Laurent ne fait rien comme tout le monde, son premier film n'a pas l'air d'en être un et souffre de défauts que l'on pourrait reprocher à un(e) cinéaste averti(e) qui a déjà son propre style. Mais c'est peut-être seulement parce que Mélanie sait ce qu'elle veut, prend le temps de travailler sur chaque détail de son projet, et qu'elle sait s'entourer.
Et puis, elle prend des risques, notamment celui de se mettre en scène. Réussir à sublimer Marie Denarnaud, à montrer la sensibilité de Denis Mélochet, à donner à Clémentine Célarié l'opportunité d'exprimer son talent, et à trouver la bouille de Théodore Maquet-Foucher dans la masse des enfants-acteurs, c'est déjà bien ; faire parfaitement son travail d'actrice alors que l'on joue dans son propre film (un premier long métrage, qui plus est), c'est admirable.

Avec Les Adoptés, Mélanie Laurent confirme qu'elle appartient au monde du cinéma, et pas à celui de la musique.


Mélanie Laurent :

Denis Mélochet :
La Rafle

Audrey Lamy :

21/12/2011

50/50 - Jonathan Levine

On ne gardera pas beaucoup de souvenirs de 50/50 de Jonathan Levine. Ce qui devait être un film optimiste et décalé sur le cancer et la façon de vivre son évolution se révèle prévisible et plutôt mou. Le réalisateur s'est inspiré de sa propre histoire, mais n'a étrangement pas réussi à donner à son long métrage la vie qu'il méritait.

Tout au long du film, on sent que l'on passe à côté de quelque chose qui aurait pu être bien. Il y a quelques belles scènes, dont celle du coup de téléphone passé dans la voiture, mais 50/50 est assez creux, à cause notamment d'un scénario linéaire, d'une mise en scène assez pauvre et de clichés tenaces (la mère hystérique, la petite amie infidèle et l'ami lourdaud).
Devant 50/50, on sourit, mais on ne rit pas ; on assiste à une situation grave, mais on ne ressent pas grand-chose. Ce n'est pas la première fois cette année qu'un réalisateur passe à côté de la force de son film en diluant ce qui pourrait émouvoir. On avait en effet déjà eu droit à Restless de Gus Van Sant. À croire que ressentir la souffrance est fondamentalement mauvais et que ce n'est pas ça la vie. Foutaise !
Bilan en demi-teinte, donc. L'absence de conviction dans 50/50 est telle qu'à la place du "poignant, hilarant et sincère" de l'affiche, on aurait davantage vu "faible, facile et poli", mais ce n'était pas vendeur...

Une comédie indé qui ne doit son nom qu'à la présence de Joseph Gordon-Levitt.


Joseph Gordon-Levitt :

Anna Kendrick :

Bryce Dallas Howard :
La Couleur des sentiments
Restless (productrice)

20/12/2011

Battles @ La Machine du Moulin Rouge

Longtemps, je n'ai plus mis les pieds dans une salle de concert, hormis Pleyel. À La Machine du Moulin Rouge le 15 novembre 2011, le trio new-yorkais Battles était programmé. Mais ce à quoi on ne pense plus quand on fréquente des endroits pour les vieux qui veulent être au lit à 22 h 30, c'est que, dans les lieux branchés, le concert commence à cette heure-là ; deux heures après l'ouverture des portes.

Battles, composé du guitariste et claviériste Ian Williams, du bassiste Dave Konopka et de l’incroyable batteur John Stanier, a un avantage de taille, qui fait oublier l'heure relativement tardive : son inventivité. Les morceaux recherchés et peu accessibles rassemblent un public de connaisseurs, avide de sensations musicales complexes. Par conséquent, aucun élément perturbateur (groupies ou hipsters) n'est venu gâcher la performance du groupe. Bien sûr, il y a ceux qui ont connu Battles avec le nouvel album, Gloss Drop, et/ou par l'excellent clip de My Machines. Ceux-là ont dû être ravis par la setlist. Mais il y a aussi ceux qui ont connu le groupe quand Tyondai Braxton était encore là. Force est de constater que le musicien apportait quelque chose de plus au travail de composition. Ce n'est pas un hasard si le moment le plus intense de la soirée a été l'interprétation de Atlas, issu du premier véritable album de Battles, Mirrored.
En live, Battles, c'est encore plus bordélique que la version studio. Et si on ne connaît pas le groupe, on peut aisément décrocher, ou même ne jamais entrer dans ce délire expérimental. D'autant qu'au début, le son était trop fort, et les basses trop présentes masquaient les subtilités des phrases musicales. Le bûcheron cogneur aux baguettes souvent tenues à l'envers qui s'excite derrière les fûts, le charleston et la haute cymbale, c'est John Stanier, un grand malade qui allie technique et groove, qui fait s'exprimer son instrument comme personne et qui sublime la puissance des morceaux du groupe. Heureusement qu'il est là, car c'est lui qui donne un sens à l'ensemble. Les deux autres musiciens sont talentueux, mais c'est Stanier qui attire tous les regards et fait bouger les corps.
Les membres de Battles ont trouvé un autre moyen de faire parler les notes de musique avec leur math rock ; l'ensemble peut sembler cacophonique, mais il se cache derrière cet apparent désordre une véritable logique. Quant à leur attitude sur scène, c'est l'inverse : elle est très simple. Même s'ils ne sont pas à l'aise dans l'échange verbal, ils mettent du cœur à l'ouvrage et sont heureux d'être à Paris. Après une heure de concert et une révérence de Konopka, le groupe ne s'est pas fait désirer pour le rappel uniquement constitué de Sundome, en version épique de vingt minutes ! En conclusion, mis à part l'inutilité des vidéos (souvent mal synchronisées) qui passaient pendant certaines chansons, le son un peu fort et quelques moments d'impatience à attendre l'intervention de John, on a passé une bonne soirée en compagnie de Battles.

Une performance cependant pas inoubliable.

19/12/2011

Intouchables - Éric Toledano & Olivier Nakache

Peut-on toucher à Intouchables, la dernière réalisation d'Éric Toledano et Olivier Nakache ? Peut-on faire état de ses défauts sans se faire lyncher sur la place publique ? On l'espère, parce qu'on peut aimer Intouchables et constater que ce n'est presque pas un film, mais une suite de sketches hilarants interprétés par un duo d'acteurs irremplaçable.

Le détail qui fâche : "Ceci est tiré d'une histoire vraie." Un film est-il moins touchant s'il n'est pas inspiré d'un fait réel ? Cette mention supposée rendre Intouchables plus émouvant qu'il ne l'est résonne comme une début de lavage de cerveau. On met le spectateur en condition alors que le film devrait le faire de lui-même.
Il l'aurait très bien fait d'ailleurs. La scène d'ouverture, cette course poursuite tendue puis drôle, était un choix judicieux d'entrée en matière. L'une des meilleures idées de ce qui est devenu un phénomène de société.
Enfin, si l'on se réjouit d'entendre du classique et des répliques déjà cultes, il ne faut pas oublier pourquoi Intouchables est empreint de tant d'impertinence et de justesse : Omar Sy et François Cluzet sont complémentaires. Et c'est pour ça que l'ensemble fonctionne, que ça comble les manques. Ils sont les bras qui donnent le chocolat aux millions de spectateurs.

"Pas d'bras, pas d'chocolat !"


François Cluzet :
Les Petits Mouchoirs

Anne Le Ny :
Les Invités de mon père

Audrey Fleurot :
Minuit à Paris
Les Femmes du sixième étage

18/12/2011

Les Marches du pouvoir - George Clooney

Pour son quatrième film, George Clooney se penche sur les coulisses de primaires américaines et dénonce les manigances du système politique. Manipulation, compromission, trahison, sexe... tout y est, mais rien ne déborde. Les Marches du pouvoir se révèle presque lisse, simple constat sur le pouvoir et la nature humaine qui ne surprend plus que les grands naïfs.

Ce long métrage est à l'image de son réalisateur, élégant ; et ça ne suffit pas. On passe un bon moment dans le noir (en compagnie de Ryan Gosling, surtout), mais rien ne reste. De l'histoire à la morale en passant par l'interprétation et la réalisation, tout est convenu.
Trop carré, le film ne fascine pas. Il est court et efficace, sans rien proposer d'original. Les seconds rôles font leur travail, mais pas plus ; Clooney s'est donné le rôle le plus intéressant et l'incarne très bien, mais ne lui a laissé que peu de place. Il a cependant eu la bonne idée de confier la musique à Alexandre Desplat.
Néanmoins, sans surprise, c'est Ryan Gosling qui attire l'attention. Au-delà de sa performance d'acteur, c'est un régal de le voir s'imposer à l'écran à quatre-vingt-quinze pour cent du temps. Et ce plaisir-là, on ne s'en lasse pas.

Dans l'ensemble, Les Marches du pouvoir manque de saveur.


Ryan Gosling :

17/12/2011

Inni - Sigur Rós @ La Géode

Un chef-d'œuvre pour fêter la deuxième année de Curse of the Ninth Symphony.

Le 28 novembre 2009, lors de la soirée "Le cinéma de Sigur Rós" à Paris, une première version de Svefn-g-englar provenant de ce qui serait Inni a été diffusée. Il a fallu attendre le 12 novembre 2011 pour assister, à La Géode, à la projection intégrale de ce film musical sublime comprenant des versions magnifiques de Ný batterí, Svefn-g-englar, Fljótavík, Inní mér syngur vitleysingur, Sæglópur, Festival, E-bow, Popplagið et Lúppulagið, entrecoupées d'images d'archive faisant prendre conscience de l'évolution de Sigur Rós.

Inni regroupe les deux concerts de Sigur Rós à l'Alexandra Palace de Londres en 2008. Pour rendre visible l'intensité de la musique du groupe, Vincent Morisset, le réalisateur, a filmé sur pellicule 16 mm les enregistrements vidéo numériques originaux, et les a filmés à nouveau à travers des prismes ou autres objets trouvés. Ainsi, contrairement à Heima ("maison" en islandais), le premier film sur Sigur Rós qui dévoilait leur incroyable tournée en Islande, chez eux donc, Inni ("à l'intérieur" en islandais) montre l'intimité violente d'un live puissant. Le spectateur peut ainsi profiter des subtilités qui font de la musique de Sigur Rós l'expérience sensorielle ultime.
La musique de Sigur Ros fait frissonner la moindre parcelle de peau ; elle fait le lien entre le cœur et le corps ; elle rythme la respiration ; elle fait vivre. S'il on faisait un classement des meilleurs groupes de l'histoire de la musique, Sigur Rós devrait non pas être premier mais hors catégorie, parce que ses quatre membres font plus que de la musique. Ils parlent aux petites filles et aux petits garçons cachés à l'intérieur de chacun, ceux que l'on croit mort mais qui sont seulement meurtris ; ils les font se manifester pour les apaiser, dans les larmes souvent.
Sigur Rós, sans le savoir, offre à l'humanité un aperçu de la perfection. Et c'est saisissant parce que ça détruit quelque chose en même temps que ça en fait naître une autre au plus profond de l'âme. Pour les plus sensibles, attention aux ravages que peut faire l'enchaînement Fljótavík/Inní mér syngur vitleysingur/Sæglópur/Festival dans Inni. Et pour ceux qui pensent que l'énergie, la sincérité, la pureté, la grâce et la magie s'estompent, on est allé, pour leur prouver que non, à la deuxième projection du film à La Géode le 24 novembre et à celle que proposait le centre culturel Commune Image le 20 novembre, lors de la Journée Air d'Islande.

Divin.


Jónsi @ Bataclan

30/11/2011

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la licorne - Steven Spielberg



L'odeur de nachos, les enfants qui s'ennuient, les conversations téléphoniques et les réactions exagérées n'ont pas dû aider, mais Les Aventures de Tintin : Le Secret de la licorne de Steven Spielberg n'a pas été une bonne surprise. C'est un film froid, sans nostalgie, et la 3D, inutile, fait très mal aux yeux.

Première chose, la performance capture était le plus mauvais choix à faire pour adapter Tintin. D'un point de vue technique, la démonstration est réussie, mais on repassera pour l'authenticité. La surenchère n'est pas que visuelle, elle est également scénaristique ; ce qui est probablement dû au mélange de trois volumes des aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le rouge et Le Crabe aux pinces d'or.
Pendant deux heures, les scènes d'action s'enchaînent à un rythme effréné jusqu'à susciter l'ennui. Spielberg a oublié que Tintin n'était pas Indiana Jones, et il aurait pu s'éviter le ridicule en supprimant la séquence de la bataille entre grues de chantier...
Pour terminer sur une note positive, seul le capitaine Haddock est plutôt fidèle à son personnage (merci Andy Serkis), la scène de la bataille navale est impressionnante et la partition de John Williams correcte.

Ça donne envie de se replonger dans les bandes dessinées ou même dans la série télévisée pour oublier.


Steven Spielberg, producteur exécutif :

29/11/2011

La Couleur des sentiments - Tate Taylor

Est-ce qu'un film semble meilleur ou moins bon selon les conditions dans lesquelles on le voit ? Très probablement. Être allongé dans un fauteuil inclinable, sous une couverture, une crêpe au Nutella prédécoupée et une orange pressée à disposition, pour une projection presque privée dans un pays étranger, ça aide à apprécier le prévisible The Help de Tate Taylor.

En France, le film adapté du best-seller de Kathryn Stockett s'appelle La Couleur des sentiments. Un choix plutôt justifié puisque ce long métrage dégouline de bons sentiments et, même si le mot "couleur" fait référence à celle de la peau des personnages, on pense aussi à la photographie très colorée.
D'autant que la ségrégation et les droits civiques ne sont qu'un prétexte pour mettre en avant le combat des femmes, et plus particulièrement celui d'une Blanche pour les Noires... Progressivement, le film au potentiel dramatique évident se transforme en comédie de la bonne conscience.
Ce qui sauve The Help, c'est le très bon casting. Emma Stone, Bryce Dallas Howard, Jessica Chastain, Viola Davis et Octavia Spencer sont toutes douées (mention spéciale à Bryce Dallas Howard). Malheureusement, elles ne font pas oublier les clichés et la mise en scène très pauvre.

Quand on a goûté au cinéma dans une platinum movie suite, difficile de garder son calme dans une salle traditionnelle remplie de mal élevés.


Emma Stone :

Jessica Chastain :

Bryce Dallas Howard :
Restless (productrice)

Chris Lowell :

27/11/2011

L'intégrale des symphonies de Beethoven @ Salle Pleyel

Fin octobre 2011, le Gewandhausorchester Leipzig, dirigé par le grand Riccardo Chailly, proposait l'intégrale des symphonies de Beethoven à la Salle Pleyel. Un rêve. La beauté de ces partitions méritant un respect et un silence absolus, on aurait apprécié l'absence des tousseurs et gigoteurs. Une plaie. Hormis ces parasites, l'expérience a été des plus incroyables. En plus des neuf symphonies, cinq créations contemporaines commandées pour l'occasion ont été interprétées ; toutes véhiculaient une ambiance cinématographique plus ou moins tendue, intrigante, angoissante. Mais à côté des compositions du maître allemand, elles étaient plutôt faibles. Une évidence.


Samedi 22 octobre

Deuxième
Introduction lente, thèmes légers et finale puissant... C'est les larmes aux yeux qu'on se demande comment un membre de l'espèce humaine a pu créé un jour quelque chose d'aussi beau en langage musical. Ludwig van Beethoven est un génie qui raconte des histoires avec des notes de musique et guérit les oreilles malades des bruits du quotidien.

Cinquième
Le motif initial de trois brèves suivies d'une longue est célébrissime. Et c'est un bonheur de ressentir ses quatre notes vibrer à l'intérieur du corps. La suite moins connue de cette symphonie intense a malheureusement été jouée de façon légèrement poussive. Était-ce une conséquence de la pression du premier soir ? Les applaudissements se sont malgré tout fait entendre pendant plus de cinq minutes, et les bravos ont fusé.


Dimanche 23 octobre

Première
Quand le premier mouvement fait naître des sensations nouvelles, le deuxième, d'une douceur ravissante, apaise les sens avant que le troisième, court et rapide, confirme ces sensations inédites. Le quatrième mouvement scelle brillamment la symphonie : ses dernières mesures fantastiques appellent des applaudissements immédiats.

Septième
Ambitieux, le premier mouvement de cette symphonie est la preuve que l'on peut mêler grandeur et subtilité. Ensuite, le solennel et mythique deuxième mouvement provoque inévitablement des frissons. Après cette marche lente, les troisième et quatrième mouvements s'unissent dans un rythme entraînant, qui fait bondir de son fauteuil à la dernière note pour remercier chaleureusement l'orchestre et son chef d'avoir offert un si bel après-midi musical.


Samedi 29 octobre

Huitième
D'abord, les notes figurent des papillons virevoltant sur une mélodie joyeuse. Les cordes se font par la suite délicates, d'une grâce légère, laissant progressivement les vents se démarquer. C'est dans le quatrième mouvement que les instruments se marient harmonieusement, percussions comprises. Les applaudissements qui suivent sont sincères mais plutôt brefs.

Troisième
Cette symphonie ne s'appelle pas Eroica pour rien. L'épique premier mouvement foisonne d'idées et multiplie les thèmes. La marche funèbre, noire et grandiose, est rondement menée par les contrebasses. La vitalité revient avec le troisième mouvement, dans lequel les instruments s'appellent et se répondent, jusqu'au finale fougueux, parsemé d'effets de surprise.


Dimanche 30 octobre

Quatrième
Cette pièce contient un premier mouvement fascinant, sombre et ravissant. Et le reste, dynamique et enjoué, est un enchantement pour les oreilles. Alors, pourquoi le public a-t-il si peu applaudi ? Cette symphonie de Beethoven serait-elle sous-estimée parce qu'elle est la seule à avoir fait l'objet d'une commande ? C'est pourtant un régal auditif.

Sixième
La Pastorale est malheureusement trop connue. Le public n'a pas été attentif à la beauté de la Quatrième symphonie parce qu'il attendait la Sixième. Plutôt léger dans l'ensemble (Beethoven ayant écarté le dramatique pour créer un univers bucolique, agréable et sans mystère), cet ouvrage est cependant radieux. Et l'interprétation du Gewandhausorchester Leipzig a été à la hauteur des espérances.


Lundi 31 octobre

Neuvième
Accompagnés du Chœur de Radio France, Riccardo Chailly et son orchestre ont fini la série des symphonies de Beethoven en apothéose. La Symphonie n°9 en ré mineur op. 125 dite Hymne à la joie est un chef-d'œuvre, une merveille purement magique. L’inclusion de voix dans une œuvre symphonique représente un pas sans précédent dans la musique classique, mais surtout, cette Ode à la joie de Schiller mise en musique suscite une immense émotion. Beethoven a synthétisé le travail d'une vie ; impossible de ne pas pleurer devant tant de perfection.


Inoubliable.


Gewandhausorchester Leipzig, dirigé par Riccardo Chailly :
7e symphonie de Antonín Dvořák @ Salle Pleyel

Salle Pleyel :
9e symphonie de Antonín Dvořák @ Salle Pleyel

22/11/2011

Polisse - Maïwenn

Parfois, on n'aime pas l'attitude d'une personne, mais on se sent obligé d'admettre qu'elle a accompli une très belle chose. Maïwenn a réalisé Polisse, un long métrage aussi bon que ses autres films étaient mauvais. Polisse a été récompensé par le Prix du jury au Festival de Cannes 2011, à juste titre, même si les critiques n'ont pas été unanimes.

Polisse décrit le quotidien des policiers de la BPM (la brigade de protection des mineurs). Maïwenn a pris le temps de développer l'histoire de ceux qui doivent chaque jour interroger des pédophiles, des parents maltraitants, des enfants et des adolescents perdus dans la société d'aujourd'hui, etc. Une multitude d'histoires se mêlent dans un montage habile, ponctué de scènes et de répliques cultes malgré des sujets difficiles.
La plus grosse erreur de la réalisatrice, c'est de s'être donné un rôle. D'abord parce qu'il n'est pas indispensable, ensuite parce qu'une autre actrice l'aurait mieux interprété. Cela dit, elle se rattrape avec le reste du casting (c'est toujours un plaisir de voir Nicolas Duvauchelle), notamment en choisissant Joey Starr, incroyable, et Marina Foïs, magnifique.
L'ensemble est nerveux, furieux, révoltant, mais aussi bouleversant, attendrissant et authentique ; juste en même temps qu'injuste. Polisse n'est jamais glauque ni tire-larmes (même si on en verse, de tristesse et de joie), c'est un film réaliste. On souffre d'assister à tant de violences humaines, mais c'est une souffrance utile.

"T'façon les mecs c'est tous des sales races."


Karin Viard :

Frédéric Pierrot :

15/11/2011

The Artist - Michel Hazanavicius

On l'a tellement attendu, on en a tellement entendu parlé, que la surprise de découvrir un film muet en noir et blanc et en 1.33, réalisé par un Français, n'est pas venue. The Artist de Michel Hazanavicius est un long métrage indispensable, qui rappelle d'où vient le Cinéma, art de l'image. L'esthétique est travaillée, les mises en abyme sont très intéressantes (par exemple, la première phrase du film est "Je ne parlerai pas") et l'héritage du cinéma des années 1920 a bien été transmis.

Si les références au 7e art sont nombreuses (Citizen Kane, Singin’ in the Rain, Seventh Heaven, A Star is Born, etc.), le film possède sa propre identité, grâce notamment à l'interprétation de son acteur principal, Jean Dujardin, lequel mérite son prix d'interprétation au Festival de Cannes 2011. On l'a connu hilarant, on l'a découvert capable de tenir des rôles tragiques ; dans The Artist, il excelle en tant qu'acteur muet, expressif sans trop en faire.
On ne peut en dire autant de Bérénice Béjo, moyenne lors de ses premières apparitions, mais qui trouve peu à peu sa place aux côtés de John Goodman, James Cromwell ou encore Malcolm McDowell, et se révèle pétillante. Autre acteur à part entière, qui a le droit d'être mentionné dans une critique tant son rôle est essentiel et attachant : Uggy, le petit chien malicieux parfaitement dressé, qui feint la mort, fait du skateboard et sauve son maître, entre autre.
Dans cette histoire d'amour sur fond de bouleversement cinématographique à Hollywood (passage du muet au parlant), le scénario étant assez simple malgré les rebondissements, on s'attarde sur la photographie, les jeux de lumières, sur la beauté de certaines séquences (la première scène de tournage, le numéro de claquettes...) et, comme un film muet n'est pas un film silencieux, sur la musique. N'est pas compositeur de musique de film qui veut, mais force est de reconnaître que Ludovic Bource livre une partition idéale et participe au succès de ce long métrage mêlant noirceur et enthousiasme.

Les dernières secondes viennent très légèrement gâcher l'ensemble brillant. Michel Hazanavicius et Anne-Sophie Bion (la monteuse) auraient dû écouter le personnage du réalisateur criant "Cut !".


Jean Dujardin :
Les Petits Mouchoirs

31/10/2011

La Piel que habito - Pedro Almodóvar

Pedro Almodóvar retravaille le mythe de Frankenstein dans La Piel que habito, libre adaptation de Mygale, un roman de Thierry Jonquet. Le réalisateur espagnol a certes retrouvé le talent de ses débuts, bien choisi ses acteurs (Elena Anaya, Antonio Banderas, Marisa Paredes) et la musique (le morceau Shades of Marble du Danois Trentemøller, entre autre), mais l'excentricité maîtrisée n'a pas le même charme que la spontanéité. Almodóvar en fait-il trop ?

Premièrement, les obsessions du réalisateur commencent à lasser. La transgression, l'identité sexuelle, la passion criminelle, les femmes... Finalement, on a l'impression qu'il est coincé dans ses problématiques et qu'il n'en sortira jamais. Il s'enferme lui-même derrière l'écran et, par une mise en scène intime et aseptisée, empêche le spectateur de se plonger totalement dans l'histoire.
Deuxièmement, ce thriller glacial qui a l'élégance de ne pas tomber dans un ton plaintif et larmoyant contient beaucoup de scènes trop longues. Chacune y a sa place, mais le rythme est parfois inutilement lourd ; un montage affûté aurait été bénéfique à la tension du film. Ce corps cinématographique a une très belle peau, il lui manque un peu de nerfs.
Troisièmement, impossible de ne pas faire une overdose de scènes de sexe malsain. À croire qu'il faut mettre mal à l'aise pour impressionner. De manière générale, la provocation n'est pas chose mauvaise, mais jouer dangereusement avec les limites en enrobant le tout d'une photographie parfaite pour qu'on parle de film d'horreur et de vengeance chic et classieux, c'est dommage.

La Piel que habito n'est pas un chef-d'œuvre, mais ce n'est pas une raison pour déranger ses voisins pendant la projection.


Antonio Banderas :

29/10/2011

Warrior - Gavin O'Connor

On avait peur de voir Fighter en moins bon, de faire naturellement la comparaison entre ces deux films de frères et de combats. On a eu tort. Warrior de Gavin O'Connor est un long métrage académique mais puissant, viril et sensible. Et c'est de loin qu'il ressemble au dernier travail de David O. Russell. Néanmoins ce "drame familial sur fond sportif" a ses faiblesses.

Au-delà des aspects cinématographiques les plus techniques, au-delà du scénario convenu, du montage précis, des mouvements de caméra les plus vifs, Warrior repose sur l'interprétation de deux acteurs complémentaires : Tom Hardy et Joel Edgerton. Alors que le premier, brut et mystérieux, fascine dès sa première apparition, le second construit petit à petit son personnage de professeur de physique devant remonter sur le ring pour subvenir aux besoins de sa famille.
Ces frères au passé difficile sont filmés comme des héros. Des héros qui combattent pour l'argent, certes, mais qui luttent aussi avec eux-mêmes et leur drame familial commun, souligné par la présence d'un père alcoolique cherchant la rédemption (Nick Nolte). C'est le mixed martial arts, sport de combat autorisant tous les coups, qui les réunit à nouveau.
On frissonne à chaque coup, on a le goût de la sueur et du sang dans la bouche. Et si on a l'impression d'avoir déjà vu le film avant même qu'il ne se termine, on prend un plaisir assumé à ressentir ce qui se dégage de la réalisation de Warrior et de ses scènes de combat viscérales. L'émotion qui culmine dans l'affrontement final rattrape d'ailleurs le mauvais choix de conclusion scénaristique.

Un long métrage de caractère.


Tom Hardy :

17/10/2011

We Need to Talk about Kevin - Lynne Ramsay

We Need to Talk about Kevin de Lynne Ramsay est un drame familial dont personne ne sort indemne, pas même le spectateur, malmené. En compétition au Festival de Cannes 2011, ce long métrage n'a pas reçu de récompense ; on ne lui en donnera pas non plus, malgré les très bonnes interprétations de Tilda Swinton et Ezra Miller, une photographie aussi claire et colorée que l'ambiance est malsaine, et un ensemble oppressant réussi.

Après la tuerie menée par Kevin dans son lycée, Eva, rongée par la culpabilité, cherche dans ses souvenirs d'où aurait pu venir sa responsabilité. Le travail de Lynne Ramsay sur le complexe d'Œdipe est évident : Kevin ne sait pas, depuis sa naissance, comment exprimer son amour pour sa mère. D'incompréhensions en silences lourds, la relation entre cette mère désemparée et son fils maléfique devient vite insupportable.
Le film est trop centré sur une période de l'enfance et regorge de flashbacks incessants, ce qui crée un problème de rythme. D'autant que le propos de la réalisatrice et scénariste est clair, mais elle insiste et s'attarde, jusqu'à perdre en crédibilité. Peut-on vraiment déceler la violence si tôt ? Les racines du mal sont-elles visibles dès les premières années de vie d'un être humain ?
Enfin, comment une mère peut-elle être aussi patiente avec un tel monstre sans chercher de l'aide extérieure (ou si peu) ? Cela participe peut-être du souhait de Lynne Ramsay de maltraiter psychologiquement le public... Elle en rajoute même en liant directement l'un des seuls moments de bonheur partagé entre mère et fils à l'acte irréparable de celui-ci.

Éprouvant, étouffant et dérangeant, We Need to Talk about Kevin ne laissera personne indifférent.


Tilda Swinton :
L'Étrange Histoire de Benjamin Button

11/10/2011

Restless - Gus Van Sant


L'on aura beau parler de l'identité visuelle de Restless, des thèmes de prédilection de son réalisateur (la jeunesse et la mort), et de la luminosité avec laquelle est traité un sujet sombre et difficile, Gus Van Sant est quelque peu absent de son travail. Il y a certes les ingrédients, mais le résultat est à la limite d'être fade.

On trouve dans Restless de jolies scènes pleines de poésie et de bonnes idées (silhouettes dessinées à la craie sur le bitume ; Hiroshi, le fantôme japonais). On y entend Two of us des Beatles en ouverture puis du Sufjan Stevens ; et l'on y découvre Henry Hooper (fils de Denis ; le film est d'ailleurs dédié à ce dernier), qui promet d'avoir une belle carrière.
Mais, à l'image de l'actrice principale, le film manque de caractère. Mia Wasikowska n'a pas le talent pour porter le rôle d'une adolescente en phase terminale de cancer, et le couple qu'elle forme avec Henry Hooper ne fonctionne pas tant il est doucereux. L'erreur monumentale représentative de cet échec est d'avoir choisi Sympatique de Pink Martini pour une longue séquence sans dialogue. Du gâchis d'images.
Par ailleurs, la relation que ces deux jeunes entretiennent avec la mort n'est que partiellement abordée. La cause ? C'est un long métrage sur la vie. Mais la légèreté de ton, l'esthétique générale et l'économie de personnages secondaires (pourtant intéressants) éloignent de l'émotion. Gus Van Sant contourne. Et à trop vouloir échapper au larmoyant, il ne se dégage aucune tension de Restless. L'on en vient même à être mal à l'aise d'admettre que l'on reste plutôt indifférent.

Une déception.

Mia Wasikowska :

05/10/2011

Crazy, Stupid, Love - John Requa & Glenn Ficarra

Ryan Gosling est aussi à l'écran dans Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra, une comédie romantique dont certains devraient s'inspirer. Parce que dans ce film, les clichés sont manipulés pour être dépassés ; les deux réalisateurs ont respecté les codes du genre, mais sont souvent parvenus à jouer avec eux. Cela dit, on n'est pas tout à fait dans la veine de Love Actually non plus !

D'abord, Requa et Ficarra disposent d'acteurs aussi polyvalents que singuliers : Steve Carell, Ryan Gosling, Julianne Moore, Emma Stone, Kevin Bacon... Un cocktail explosif d'amour, de tendresse, de tristesse, de classe et d'humour teinté de romantisme.
Ce qu'ils ont fait de mieux avec ce casting, c'est de développer l'histoire de chaque personnage (jeunes et moins jeunes) et d'enchevêtrer les situations, sur une bande originale agréable (Miike Snow, Goldfrapp, The Middle East, etc.). Néanmoins, si l'on n'entre pas dans le comique d'exagération, l'on risque probablement de trouver le temps long et la conclusion maladroite à cause de nombreux rebondissements.
On peut reprocher à Crazy, Stupid, Love d'avoir un scénario et des idées de fond trop convenus, mais n'est-ce pas aussi, dans une certaine mesure, ce que l'on attend ? Et non, Ryan Gosling n'est pas seulement sexy et irrésistible, il est aussi un excellent acteur au pouvoir comique insoupçonné.

"Are you Steve Jobs ? No. Oh, okay. Well, in that case you have no right to wear New Balance sneakers, ever."


John Requa & Glenn Ficarra :

Julianne Moore :

Ryan Gosling :
Drive
Blue Valentine

30/09/2011

Drive - Nicolas Winding Refn

Des films comme Drive, il y en a peu. Très peu. Toute la beauté cinématographique est condensée dans ce long métrage signé Nicolas Winding Refn. Celui-ci y intègre émotion, action, violence, romantisme, drame... tout en jouant sur l'ambiance des films urbains des années 1970, mais aussi sur le style série B qui lui permet quelques coupes scénaristiques. C'est là la force du réalisateur : il utilise ses références à bon escient pour adapter sans esbroufe le roman de James Sallis.

Il faudrait la longueur d'une thèse pour rendre hommage à Drive, car Nicolas Winding Refn réussit à digérer le meilleur du cinéma américain et le meilleur du cinéma européen pour en faire une merveille du septième art. Une leçon. La séquence déjà culte ? Celle de l'ascenseur, d'une intensité tétanisante.
Cette poésie mélancolique divine est principalement incarnée par Ryan Gosling. Parfait étant un faible mot (ayant perdu de sa superbe à force d'être trop et mal usité), on opte, afin de le définir au mieux, pour prodigieux, magistral, fascinant, phénoménal et charismatique. Son personnage, dépourvu de prénom (et de passé), agit selon ses propres règles et ne parle que lorsque c'est utile. Nicolas Winding Refn peut ainsi travailler les silences et mettre l'accent sur les regards qui en disent plus que les mots, et également sur le son et une bande originale idéale parce qu'elle fait corps avec le film : Kavinsky, College feat. Electric Youth, Chromatics, Desire, etc., sans surenchère ni faute de goût.
Il n'y a d'ailleurs aucune erreur nulle part dans Drive. Le moindre détail est pensé. De la typographie rose manuscrite du titre à la musique eighties en passant par la finesse d'interprétation, la photographie séduisante (Newton Thomas Sigel) et la nervosité du rythme faussement calme. Et quand vient le générique de fin, on demeure immobile au fond de son siège, souhaitant ne jamais sortir de cet univers et pensant que rien n'est venu gâché ce moment.

Un pur chef-d'œuvre.


Ryan Gosling :
Blue Valentine

Carey Mulligan :
Never Let Me Go
Brothers

28/09/2011

Mon Rock en Seine 2011

On reprend Rock en Seine là où on l'a laissé en 2010 : il pleut et il fait froid. Cette année, le site s'est agrandi : une nouvelle scène (Pression Live) accueille des groupes, et pas des moindres ; il faut donc bien programmer ses journées, et courir un peu pour certains, afin de perdre le moins de bonne musique possible. Néanmoins, la programmation n'étant pas des meilleures (personne n'a dit mauvaise), le festival devrait se vivre, dans l'ensemble, plutôt tranquillement.


Vendredi 26 août

Edward Sharpe and the Magnetic Zeros
C'est Edward Sharpe and the Magnetic Zeros qui ouvre le festival. Dix artistes illuminés se sont installés sur la nouvelle scène ; ils livrent généreusement quelques chansons festives, tout en complicité. Le groupe compte deux batteurs, mais pas un de trop. Rien n'est de trop, d'ailleurs, dans le travail de ces musiciens. Détendu, blagueur, un peu fou, le chanteur décide de s'asseoir au bord de la scène le temps d'une ballade, avant de communier joyeusement avec le public et ses amis sur une longue version de Home. Les festivaliers sont enchantés.

Beatmark
Mis à part le fait qu'à la batterie se tient une demoiselle, le groupe n'a rien d'exceptionnel. La musique qui résonne autour de la scène de l'Industrie fait même fuir le public. La chanteuse n'a pas de voix, on n'entend pas bien le chanteur et l'ensemble n'a aucune âme. Autant aller voir l'exposition des photographies de Renaud Monfourny, tomber sur un concert de Game Boy, écouter distraitement Herman Dune qui aurait mérité un rayon de soleil ou les énergiques membres de Funeral Party.

The Kills
Malgré un dernier album décrié, Alison Mosshart et Jamie Hince assurent en live. Et même s'ils ne dégagent plus la même passion qu'avant, le son reste sale et profond. En bref, ça sonne. La voix de Hotel est un peu en retrait, mais sa guitare cinglante donne toute sa puissance. Quant à VV, elle est tout simplement envoûtante dès son apparition sur scène. Et le charme opère pendant tout le concert, soutenu par une voix délicieusement rock. VV est fascinante, et rien que pour cela, on irait presque revoir The Kills à l'Olympia.

General Elektriks
À peine le temps de profiter de la belle ambiance que General Elektriks a créé sur la scène de la Cascade que les premières notes des Foo Fighters se font entendre. On reste cependant pour assister au final sur une version déchaînée du très bon Tu m'intrigues et un solo de batterie, mais Rope résonne maintenant au loin, alors on se précipite vers la Grande Scène.

Foo Fighters
Il est toujours difficile de mettre des mots sur une situation surprenante. Évidemment qu'on s'attendait à une performance énorme de la part des Foo Fighters. Évidemment qu'on savait que Dave Grohl allait faire des blagues. Évidemment qu'on espérait qu'il prenne autant son pied au chant et à la guitare cette année qu'en 2009 à la batterie avec Les Petits Pois (Them Crooked Vultures). Mais là... Entre quelques notes de Whole Lotta Love de Led Zeppelin, des délires de gamins (pet avec la bouche, crachat après l'avoir introduit par un noble "ladies and gentlemen"...), rires, hurlements, chuchotements, battle de guitares se terminant par des jets violents d'instruments, présentation approximative de musicien ("What a man what a man on the drum : the drummer !"), descente de bières, etc., les Foo Fighters ont proposé une playlist interminable : Bridge Burning, Rope, The Pretender, My Hero, Learn to Fly, White Limo, Arlandria, Breakout, Cold Day in the Sun, Long Road to Ruin, Stacked Actors, Walk, Monkey Wrench, Let it Die, These Days, Best of You, Times Like These, Young Man Blues (Mose Allison cover), All My Life et Everlong, quelques fois ponctuée de solos impressionnants de batterie et de guitare. Dave Grohl avait prévenu le public de Rock en Seine : le groupe allait jouer autant de "fucking songs" qu'il le pouvait. Les Foo ont largement dépassé le temps qui leur était réservé : ils n'étaient pas "ready to go home", et personne ne s'en est plaint ! On aurait dit un concert de clôture de festival, alors on a fait l'impasse sur Yuksek (comment quitter Dave dans ces conditions ?). Musicalement, on aurait presque envie de ne rien dire, tant la qualité de ces musiciens est époustouflante. Ils passent de la bêtise au professionnalisme avec une aisance rare. Tous. Une seule question demeure : pourquoi n'ont-ils pas enregistré le dernier album, Wasting Light, en live ? Ils ont fait sonner leurs nouvelles compositions de telle sorte que l'on regrette amèrement la production trop propre réalisée en studio. Ce soir du 26 août 2011, c'était rock ; c'était maîtrisé en même temps que crade et puissant. Et ça fait du bien d'entendre un peu (plus de deux heures, quand même) de musique vigoureuse délivrée par un groupe capable de donner un sens et une âme à ces bruits.


Samedi 27 août

The Streets
On a manqué Polock, on s'est posé dans l'herbe, puis il y a eu la pluie et les BB Brunes de très loin. Et on se demande encore si c'est l'humidité et le froid qui donnaient des convulsions... Heureusement, Mike Skinner, accompagné de ses musiciens, a réchauffé la foule de la Grande Scène. Et les minettes présentes pour Interpol, incapables d'apprécier la bonne musique si ce n'est pas leur style, se sont ensuite régalées à dévorer des yeux le torse nu du chanteur. The Streets, qui avait remplacé Amy Winehouse il y a quelques années et qui remplace Q-Tip cette fois-ci, a mis une ambiance incroyable pour son tout dernier concert en France. Mike, avec son accent anglais charmant, son flow entraînant et son énergie intarissable, a rendu hommage a Amy Winehouse, s'est jeté dans la fosse et a fait participer le public qui s'est accroupi pour se relever en même temps et sauter en rythme avant de réalisé un circle pit. Une performance chaleureuse et réjouissante, qui a même fait naître un rayon de soleil à travers les nuages.

Interpol
Paul Banks a la classe, toujours. Vêtu de noir et de Wayfarer, il a envoûté... eh non. Si l'on veut poursuivre et parler musique, on risque de dire du mal d'un groupe pourtant efficace sur album (hormis le dernier, décevant). Seuls les fans hardcore ont pu apprécier la prestation plus que sobre du groupe. Interpol n'est peut-être pas fait pour les festivals, surtout en plein après-midi après la tornade Skinner... On ne passera pas Obstacle 1. Aucun regret à se diriger progressivement vers la scène Pression Live, afin de ne pas entacher le souvenir du concert de 2007 au Zénith de Paris.

Wu Lyf
Le concert de Wu Lyf n'a pas encore commencé et le parterre faisant face à la scène est déjà rempli. On peut néanmoins se faufiler et trouver une petite place dans les premiers rangs, pour vivre pleinement l'expérience live tant attendue, le premier album, Go Tell Fire to the Mountain, étant très prometteur. Après le baptême viennent la communion et la confirmation. La prestation de Wu Lyf a fait voyager l'esprit et transpirer les corps. Certains festivaliers ont été transcendés et ont intensément demandé un rappel. Wu Lyf n'est pas revenu, mais n'a pas déçu. On espère que ça durera !

Arctic Monkeys
Une foule compacte assiste au concert de Arctic Monkeys. Et pour cause : les Anglais (après les Américains d'hier soir) rappellent (eux aussi) à tout le monde ce qu'est le rock. Côté technique, le son et la voix sont clairs, la batterie est mise en avant ; et côté composition, le rock garage brut des premiers albums s'est enrichi de nouvelles influences (merci Josh Homme). La fougue du groupe est toujours là, et le charisme l'a rejoint. Le talentueux leader, Alex Turner (qui a récemment composé la bande originale de Submarine), ose même l'humour en présentant la chanson Ne t'assoie pas j'ai bougé la chaise, et en reprenant cette traduction pendant le morceau. Ou comment charmer les Français(es)... Les Arctic Monkeys se sont permis un rappel, et Alex a eu l'élégance de remémorer à tous que son ami Miles Kane jouait le lendemain. On aurait aimé une surprise les réunissant sur scène, il en a été autrement et personne ne râle. 

Étienne de Crécy
Même si la fatigue se fait sentir, on ne peut s'empêcher de faire un arrêt à la scène de la Cascade. Dans son cube, Étienne de Crécy s'est probablement produit longtemps devant les festivaliers les plus tenaces, mais trente-cinq minutes ont suffi pour exhumer un souvenir de 2007 au Château de Versailles : il n'a pas changé et fait toujours partie des très bons du monde de l'électro. On s'éloigne peu à peu du site, mais une nouvelle escale s'impose : depuis le pont de Saint-Cloud, on entend Let's Dance to Joy Division de The Wombats. D'autres souvenirs remontent. Sourire.


Dimanche 28 août

The Vaccines
Le programme de la journée est bien plus chargé que celui d'hier. Et ça commence à 15 heures sur la Grande Scène avec The Vaccines. On avait découvert ces petits Anglais à La Flèche d'or le 17 décembre 2010, et on attendait d'en voir plus (comme Dave Pen d'Archive sur le côté de la scène !). Après ce Rock en Seine, on ne les suivra plus de si près. Leur fraîcheur a vite périmée. Même si la voix du chanteur est revenue (le concert était menacé parce qu'il était malade) et que le guitariste s'est motivé à descendre de scène pour aller saluer son public, le bassiste est toujours aussi lisse et le batteur presque absent. Le groupe n'a qu'un album et ses chansons sont courtes : il a donc joué seulement trente-cinq minutes, mais finalement, c'est mieux comme ça. Car en plus d'un manque total d'émotion, le son était mal réglé, notamment les aigus déchirant les oreilles.

Cat's Eyes
Les problèmes de son continuent de sévir. Sur la scène Pression Live, après les larsen, c'est le volume qui gâche la magie musicale de Cat's Eyes. Les guitares sont bien trop mises en avant et désavantagent cruellement les voix. Une solution vient à l'esprit : s'éloigner le plus possible. Une fois installé derrière, c'est effectivement mieux, mais les basses vrombissent toujours dans la poitrine. Le seul moment de grâce vient avec la douce The Lull, magnifiquement interprétée par Faris Badwan et Rachel Zeffira.

Simple Plan
On revient aux abords de la Grande Scène pour la petite blague de la journée : la présence de Simple Plan. Après les groupes The Offspring en 2009 et Blink-182 en 2010, on avait parié sur Good Charlotte ou Sum 41 pour l'édition 2011. C'est Simple Plan qui a été choisi pour rappeler leur adolescence à certains festivaliers. Même si l'on n'aime pas la musique du groupe et que le mauvais réglage du son pousse à mettre des bouchons d'oreilles, force est de constater que ces Québécois ont envie de communiquer leur joie de vivre et vont jusqu'à reprendre Fuck U de Cee Lo Green, une chanson de Taio Cruz et Raise Your Glass de Pink pour contenter un maximum de personnes. L'ensemble est kitsch, racoleur, commercial, mais c'est drôle (le chanteur porte paradoxalement un tee-shirt de l'édition japonaise du Unknown Pleasures de Joy Division) parce qu'il n'y a aucune mauvaise intention derrière. D'ailleurs, au-delà du plaisir "intense" (les initiés comprendront) d'entendre parler français avec l'accent québécois, on ne peut s'empêcher de reprendre quelques paroles de Welcome to My Life... Honte avouée à moitié pardonnée ?

Cherri bomb
Une honte vite digérée quand on assiste à celle de Cherri Bomb sur la scène Pression Live. Les quatre jeunes filles chantent et jouent faux à quatre-vingt-quinze pour cent du temps. C'est un supplice pour les oreilles. Et en plus, elles ont osé massacrer The Pretender des Foo Fighters. Il faut fuir pour ne pas sombrer dans une dépression musicale.

Miles Kane
L'un des meilleurs concerts du festival arrive à point nommé, mais aurait mérité un espace plus grand que la scène de l'Industrie. Le sauveur s'appelle Miles Kane, il est souriant, détendu, content d'être là, investi, et joue les morceaux de son excellent premier album, Colour of the Trap, avec autant de classe qu'un miniBeatles. Ce qu'on avait écrit de lui après son passage à l'Album de la Semaine le 29 mars 2011 est toujours vrai. Et on a hâte de le revoir et de le réécouter, encore et encore.

The Horrors
Faris Badwan est de retour avec son groupe The Horrors sur la scène Pression Live. Il semble que la prestation avec son side project Cat's Eyes ait servi de test son... Puissantes sans être désagréables, les guitares saturées se mêlent aux nappes atmosphériques échappées des claviers. Un moment planant à passer assis ou allongé dans l'herbe.

Deftones
Doucement, on retourne vers la Grande Scène pour apprécier quelques chansons de Deftones. Le son est bon, il y a une bonne ambiance, et Chino Moreno, tantôt hurlant, tantôt chantant, ravit ses fans. Il faut pourtant repartir en direction de la scène Pression Live...

Trentemøller
Bien que son concert au Bataclan le 18 octobre 2010 ait laissé une impression mitigée, il fallait aller revoir Trentemøller. Mais le même reproche survient : de sa voix trop forte, la chanteuse casse l'ambiance trippante développée par le DJ et ses musiciens. Après une hallucinante version post-rock de Miss You (une tuerie) et l'enchaînement avec Take Me into Your Skin, on préfère rejoindre la Grande scène pour le concert de clôture.

Archive
C'est dans la même configuration qu'au Grand Rex en avril 2011 qu'Archive se présente à Rock en Seine : avec un orchestre symphonique qui donne une dimension particulière au rock progressif/trip-hop du groupe, mais qui ne s'est pas beaucoup fait entendre. Le show est davantage en place et le choix de setlist est presque parfait : Controlling Crowd, Fuck U avec une diffusion du son précise, You Make Me Feel et Sane ; ils ont joué System, Lines, Pills (version très rock) et Bullets un peu plus tard ; et Dangervisit a violemment pris aux tripes avant un final sur une version longue de Again. Le public s'est dispersé tout au long de la performance, mais celle-ci n'en a pas été affectée. Archive a, dans le froid, prouvé encore une fois que c'était un groupe de grands musiciens.


Bilan : l'édition 2011 de Rock en Seine n'a pas été si mauvaise. L'ensemble n'a définitivement pas été inoubliable, mais on demeure curieux de ce que les organisateurs réservent aux festivaliers pour les dix ans du festival l'année prochaine.

25/09/2011

I'm Still Here - Casey Affleck

À force d'entendre et de lire que la stratégie marketing de Casey Affleck et Joaquin Phoenix n'avait pas fonctionné, on en a entendu parler de I'm Still Here. Pourtant, au lieu de se délecter d'un tel échec, les médias auraient dû approfondir leur sujet et se pencher sur le film en lui-même et sur ce qu'il propose comme réflexion.


En 2008, Joaquin Phoenix annonce son retrait du monde cinématographique pour se lancer dans le hip-hop. Alors au sommet de sa gloire, il déclenche son impitoyable chute libre. Le poil long et le ventre rond de bière, Joaquin est méconnaissable. On ne sait pas si l'on doit être dégoûté ou attendri par ce personnage grincheux en pleine déchéance.
Et c'est bien de cela qu'il s'agit : on ne sait pas si l'on assiste à la véritable descente aux enfers de Joaquin Phoenix ou si ce documentaire est fabriqué. Peu importe que la vérité ait éclatée avant la sortie du film, on veut toujours y croire : la puissance des images, c'est qu'on se demande encore si c'est faux. Et dans les deux cas, Casey Affleck (beau-frère de l'acteur et réalisateur du film qui n'a décidément rien à envier à son frère Ben) montre son talent en même temps que celui de Joaquin : soit c'est vrai et c'est extrêmement touchant, soit c'est réfléchi et ça l'est très bien.
Les deux artistes, qui dénoncent au passage le système hollywoodien, jouent sur cette confusion entre le jeu et le réel. Ils travaillent les frontières. Ils troublent le spectateur. Mais finalement, n'est-ce pas ça le Cinéma ? Faire croire que le faux est vrai ?

Joaquin Phoenix est un très grand acteur.


Casey Affleck :
The Killer Inside Me

Ben Affleck :
The Town

22/09/2011

Submarine - Richard Ayoade



Richard Ayoade, réalisateur de séries télévisées et de clips, ajoute à sa filmographie Submarine, un film au ton vif et recherché sur l'adolescence, thème récurrent au cinéma. Il a fait d'un roman de Joe Dunthorne un long métrage indé décalé qui en agacera plus d'un, mais qui a certaines qualités incontestables.

La première, la bande originale. Signée Alex Turner (leader charismatique des Arctic Monkeys), elle est composée de ballades au piano et à la guitare qui se marient admirablement avec les images et l'histoire. Tout en retenue, Alex Turner prouve qu'un bon meneur peut aussi s'effacer quand il le faut, sans disparaître, dans l'intérêt d'un projet.
L'histoire, c'est celle d'Oliver Tate, un adolescent de 15 ans en plein roman de formation. Le film est construit comme un journal intime (voix off, ralentis, retours en arrière, arrêts sur image...) : Oliver, solitaire cultivé doté d'une imagination débordante, narre sa propre vie, en trois parties. Plutôt mature et désabusé, il garde cependant un côté attendrissant qu'il doit à son manque d'expérience. Sa petite-amie, Jordana, est aussi complexe et originale que lui ; et les jeunes comédiens Craig Roberts et Yasmine Paige donnent de l'épaisseur à leurs personnages.
Dans Submarine, les seconds rôles joués par les adultes ont également leur importance. Car le cynisme adolescent n'aurait pas le même impact sans la maladresse attachante des parents d'Oliver, provinciaux gallois finement interprétés par Sally Hawkins et Noah Taylor, ou la folie du nouveau voisin, ex de sa mère et probable futur amant de celle-ci. L'humour et le ton léger reposent donc beaucoup sur l'écriture et son interprétation, mais cette approche décontractée, presque détachée, cache pourtant des problèmes graves, comme la tromperie, les mensonges ou la dépression.

Un film charmant.


Sally Hawkins :

Noah Taylor :

21/09/2011

Melancholia - Lars von Trier

Terrence Malick a filmé la création dans The Tree of Life, Lars von Trier donne sa version de la fin dans Melancholia. Quand le premier s'attarde sur la naissance de l'univers et le travail de deuil, le second se concentre sur les instants précédant l'apocalypse et la dépression. Il parvient ainsi à faire passer des vérités sur la nature humaine grâce à la science fiction.

Lars von Trier annonce la sentence dès la succession de tableaux des quinze premières minutes, sur une musique prenante et envahissante de Wagner (Tristan et Ysolde). Un prologue qui montre, au travers de ces images au ralenti et chargées de références au lyrisme allemand (la plus évidente : Ophelia de Millais), quelques réactions humaines face à l'inéluctabilité de la mort. Une planète entre en collision avec la Terre, et la question que le réalisateur se pose, c'est de savoir comment la promesse d'un tel événement agit sur l'humanité. Il propose une réponse intime, en découpant son film en deux parties, analysant en particulier deux personnalités, celles de deux sœurs qui ont des visions opposées de la vie, dans deux temporalités différentes.
Justine (Kirsten Dunst) est dépressive, souvent absente d'elle-même. Claire (Charlotte Gainsbourg), à l'inverse, est très posée, pragmatique, rationnelle. Elles se détestent autant qu'elles s'aiment et sont condamnées à cette relation fusionnelle. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec les deux planètes qui sont sur le point de fusionner. Claire représente la Terre et l'humanité : elle est impuissante, minuscule au sein de l'univers et panique au moment de la fin. Justine accepte sereinement le désastre qui s'annonce, parce qu'elle se place déjà en dehors de la société. Elle ne croit pas en l'humanité et a également participé, à son échelle, à la déconstruction de celle-ci pendant son mariage (on pense à Festen de Thomas Vinterberg). Sombre, son visage s'illumine quand la planète se rapproche. Elle est en phase avec elle. Il n'est pas anodin, d'ailleurs, que le corps céleste porte le nom Melancholia. L'étymologie du mot mélancolie parle d'elle-même : "melas" et "kholê" en grec signifient "bile noire". La mélancolie est une véritable maladie, c'est un mal-être profond exprimé par un désespoir intense, dont l'issue est, parfois, la mort. Il n'est pas étonnant donc que plus la trajectoire de la planète se précise, plus Justine se calme et plus son mal-être se transforme en soulagement.
En dehors des multiples considérations philosophiques qu'il est possible de faire sur le film et sur son personnage principal, Melancholia est cinématographiquement maîtrisé de bout en bout par Lars von Trier. La tension se lit dans les couleurs et dans les sons, dans les plans serrés très réalistes autant que dans les séquences décalées, dans le jeu des acteurs (Charlotte Rampling, John Hurt et Kiefer Sutherland font partie du casting) et dans le montage astucieux. Melancholia est un poème à l'inquiétante étrangeté. Nul doute que le scandale déclenché par Lars von Trier au Festival de Cannes lui a peut-être coûté la Palme d'or, facilitant la tâche au jury.

Il faut être assez sensible pour recevoir ce film sidérant et bouleversant, et assez fort pour ne pas sombrer dans la mélancolie.


John Hurt :

Charlotte Rampling :
Never Let Me Go